Startup et financement: l’encaisse comme arme ultime

Comme une épée de Damoclès, l’argent est la question planante dans l’esprit de tous les entrepreneurs. À chaque virage, chaque embranchement de la trajectoire de développement d’une entreprise, le financement peut représenter une menace à la survie des projets, l’étendue maximale des tactiques promotionnelles, la formation des employés, etc. Je discute de la question avec Frédéric René, un entrepreneur en commerce électronique qui ne baisse jamais la garde concernant les risques, malgré les conditions favorables dans lesquelles son travail s’effectue a priori.


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Inévitable « bootstrapping »

Liki, une jeune startup offrant des solutions technologiques aux marchands et aux ambassadeurs d’industries, connaît depuis près de 3 ans déjà, un succès enviable. Récemment offerte en marque blanche à des revendeurs, la solution de commerce en ligne fait beaucoup parler dans le marché. Les ventes de la solution vont bon train, le nombre d’employés a triplé depuis un an et la boîte s’apprête à ouvrir les valves sur de nouveaux marchés étrangers.

En cette période charnière de croissance où tout à l’interne demande d’être normalisé, les processus de vente resserrés et structurés, l’embauche et la promotion des services de l’entreprise grugent des budgets accrus.

Malgré le succès rapide de leur précédente entreprise, Les enchères Bidou, et le fonds de roulement intéressant qui fut réinjecté dans Liki à ses débuts suite à la vente de Bidou, l’encaisse (le cashflow) est constamment surveillée.

« Au démarrage, Liki est allé chercher des argents de différents programmes de prêts et de subventions. La Société économique de développement Ville-Marie,  la Fondation Montréal Inc., Futurpreneur (anciennement la Fondation canadienne des jeunes entrepreneurs) et la BDC ont cru en nous dès le départ. Des investisseurs privés ont également pris part à notre aventure. Cependant, de mois en mois, les revenus rattachés aux ventes ont été en deçà des prévisions. Il nous est arrivé à deux reprises de pratiquer le bon vieux « bootstrapping » et de se serrer la ceinture, mon frère co-fondateur et moi, pour être certains de pouvoir payer les employés. C’était limite, comme on dit! On y est arrivé, mais on est encore sensible financièrement. Chaque sous est compté et chaque action est méticuleusement sous-pesée pour assurer ses retombées», confie Frédéric.

Une course contre la montre

Les investisseurs privés recherchent typiquement à investir dans des entreprises où les revenus sont récurrents et éventuellement, exponentiels. Chez Liki, les derniers mois ont été concentrés à s’associer à des revendeurs en marque blanche, donc les cycles de ventes ont été plus longs qu’à l’habitude. Aussi, certains partenaires n’ont pas pu respecter leurs engagements initiaux. En conséquence, les frères René ont été contraints de cautionner personnellement des prêts proposés par les grandes banques et ils ont dû devancer certaines recherches de financement. L’encaisse est devenue comme une épée de Damoclès.

« Je suis d’accord avec Andry Lant Rakoto (qui le mentionnait dans sa dernière entrevue); les banques sont frileuses aux risques et elles ont besoin de preuves de concept avant de prêter de façon plus imposante. On avait initialement prévu notre prochaine ronde de financement au printemps 2016, mais nous devrons la devancer à cet automne. On doit donc, par ricochet, devancer l’exécution de certains plans de mise en oeuvre pour avoir le plus de cartes en main et convaincre les différents bailleurs de fonds. Cela sous-entend le chamboulement des besoins en termes de types de ressources. La question des liquidités refait inévitablement surface, à chaque fois! » explique-t-il.

Les défis de la dotation et de la rétention des employés

Bâtir une équipe chevronnée à petit prix, maximiser l’implication des employés, favoriser la rétention de ces derniers, les défis rattachés à l’agrandissement de la « famille » sont également très importants.

« Les salaires offerts dans les entreprises en démarrage sont nécessairement plus bas que dans les grandes entreprises. Ça prend donc des gens motivés, qui s’impliquent avec leur coeur autant que leur tête. Souvent les jeunes diplômés viennent faire leurs classes dans les startups, parce que c’est l’endroit idéal pour toucher à plein de choses, étendre ses perspectives et ajouter de nouvelles cordes à son arc. On leur laisse souvent plus d’autonomie et de flexibilité, ils ont le sentiment de faire partie d’une famille, et plus que tout, de participer concrètement à l’aventure entrepreneuriale. Leurs réalisations sont toujours tangibles et les nouveaux défis sont quotidiens. Il y a aussi souvent des avantages en termes de possibilités d’achat d’actions à un tarif privilégié.
Pour l’employeur, il y a différents crédits d’impôt et des bons d’emplois du gouvernement (comme dans le Programme Emploi Jeunesse) qui peuvent être utilisés pour réduire le fardeau de la dotation. Certains entrepreneurs peuvent même profiter des crédits CDAE (développement des affaires électroniques) qui représentent un crédit d’impôt équivalant à 30 % du salaire admissible, jusqu’à concurrence d’un salaire annuel de 83 333 $ par employé admissible. », mentionne Frédéric.

Présentation « béton » pour bailleurs de fonds tatillons

À quelques semaines de leur prochaine ronde de financement, l’équipe est en feu et met les bouchées doubles pour accélérer la récolte du fruit de leur travail acharné des derniers mois. Frédéric et ses partenaires se préparent à faire une présentation du tonnerre aux investisseurs potentiels et grandes institutions bancaires. C’est la croisée des grands chemins.

« On vise à atteindre notre seuil de rentabilité. On visera dans les six zéros. Inévitablement, notre plan de développement doit être « béton » et l’évaluation de notre marge de manoeuvre également. Avec l’expérience, je me suis rendu compte que ce n’est pas tant le montant demandé qui compte, pour les bailleurs de fonds, autant que la justification du montant demandé et la solidité de l’argumentaire. Croyez-moi, on sera prêt! » ajoute-t-il, déterminé.


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Financement: des prêts sans risque! Les banques sont-elles réellement partenaires de la réussite des jeunes entrepreneurs? Mon entrevue avec Andry Lant Rakoto, qui élabore sur le modèle de prêts des grandes institutions financières.

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Mon entrevue avec Isabelle Moïse, une jeune travailleuse autonome spécialisée en communications, marketing et événementiel, avec qui j’aborderai la question des crédits d’impôt et de la comptabilité au démarrage de son entreprise iMoïse Conseil.

Donc, c’est un rendez-vous!

Karina Brousseau, éditrice

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Financement : des prêts sans risque!

La détermination dont les entrepreneurs en démarrage font preuve m’inspire énormément de respect. Une des questions récurrentes, qui les hante au quotidien et qui mérite certainement l’objet d’une thématique sur le blogue Le feu sacré est sans contredit celle du financement. J’ai voulu mettre en lumières, tout au long du mois de juillet, les efforts des 3 entrepreneurs en démarrage d’entreprise que je suis depuis octobre dernier et leurs démarches dans les dédales de l’échiquier du financement.

Andry Lant Rakoto, fondatrice des produits fins Marclan, nous parle aujourd’hui de ses débuts facilités par certains organismes de subventions, mais également des défis engendrés par les impératifs de financement des grandes institutions bancaires.


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Les banques, partenaires de notre réussite?

Comme plusieurs entrepreneurs, Andry n’a pas hésité à investir ses sous comme mise de fonds au début de son aventure entrepreneuriale. Elle a, de plus, profité de l’aide de Futurpreneur (anciennement connu sous le nom de la Fondation canadienne des jeunes entrepreneurs). En tant que jeune immigrante, elle a aussi bénéficié du support du Fonds Mosaïque favorisant les femmes en affaires.

Cependant, malgré le fait qu’Andry ait un plan d’affaires solide, un mentor chevronné à ses côtés et un carnet de commandes bien rempli, elle n’a pas encore profité de prêts bancaires.

Andry vise le marché de l’alimentation et elle a récemment modifié son plan de commercialisation pour offrir désormais ses produits aux distributeurs.

Pour elle, la question demeure: le financement des activités de démarrage est-il plus facile à trouver que le financement des phases de développement et de croissance de notre entreprise?

Andry en a souvent été témoin, pour elle-même ou pour des homologues. Elle avance:

« Malgré l’impression que peuvent donner les multiples campagnes publicitaires des grandes institutions bancaires vantant leur enthousiasme face à l’entrepreneuriat et promouvant la générosité de leurs programmes de financement des nouveaux projets d’affaires, la réalité en est toute autre!  Au démarrage, les entrepreneurs se butent plus souvent qu’autrement à des refus de financement par ces dernières.
À mon avis, le financement du démarrage devrait être mené par étape du cycle d’avancement de l’entreprise. La preuve de concept n’est que la première étape et dans la plupart des cas, réservée à notre mise de fonds, les subventions et les concours.
Les étapes suivantes seraient la preuve de marché, la croissance et ainsi de suite. Le montage financier devrait ainsi considérer les différentes étapes et cibler les sources de financement adaptées à celles-ci. La vérité, c’est que les banques et les autres bailleurs de fonds classiques prêtent quand la preuve de concept est faite. Jusqu’à temps que les revenus soient suffisamment élevés à « leur goût », les excuses de refus parfois systématiques abondent et sont justifiées suite aux résultats de leurs « modèles d’analyse de risques et probabilités ». On n’y échappe pas ! »

Pas juste une question d’argent

Par ailleurs, il ne s’agit pas seulement de faire arrimer les budgets et les aspirations de rendement des bailleurs de fonds avec la réalité financière de notre entreprise pour qu’un financement soit porteur de succès. Au-delà de l’argent, il faut aussi que les visions sur les prochaines étapes soient assumées par toutes les parties concernées.

« Le côté relationnel, les rapports de force et le principe des visions communes s’appliquent aux organismes de prêts comme aux anges financiers ou aux banques. Un entrepreneur doit être attentif aux types de projets soutenus par les sources visées. Il faut reconnaître que tous les bailleurs de fonds ont leur zone de confort. S’associer à un organisme et travailler conjointement avec un directeur de compte ou un financier qui ne comprend pas bien les enjeux réels auxquels on fait face nous fait perdre plus de temps et d’énergie qu’autre chose. Il y a souvent une question cruciale de momentum en affaires. La recherche de financement est généralement planifiée à l’agenda de l’entrepreneur, autant que faire se peut, à l’aide d’indicateurs-clés. Mais parfois, les rondes de financement doivent être devancée, pour différentes raisons. Par exemple, une demande accrue du marché nécessitant une augmentation de la production, donc des investissements au niveau des infrastructures, pourrait entraîner un déplacement des efforts de financement à l’agenda. Si les investisseurs prennent ensuite trop de temps pour se décider, ou même se désister, l’entrepreneur peut rater le bateau comme on dit! Rien ne sert de s’acharner dans ces cas-là. Le temps aussi, c’est de l’argent, et il vaut parfois mieux faire cavalier seul que d’être mal accompagné! » avise Andry.

Prévisions pessimistes, réalistes, optimistes: permettent-elles vraiment de se faire une tête?

L’erreur est classique et les entrepreneurs en démarrage eux-mêmes vous le diront: ils sont souvent trop optimistes en ce qui a trait à leurs ventes et leurs prévisions budgétaires ne tiennent pas assez compte des erreurs potentielles, des retards de paiements des clients, des imprévus du marché, etc.

Andry en rajoute: « Les prévisions financières, c’est bien! Mais ces prévisions révèlent davantage sur le chiffre d’affaires alors que le nerf de la guerre pour durer en affaires, c’est le budget de caisse, autrement dit, le cashflow au fil des mois. Avec mon expérience jusqu’à présent, je dirais que c’est davantage là-dessus qu’il faut analyser les risques pour s’assurer de la pérennité de l’entreprise. »

Un petit monde que celui des bailleurs de fonds!

Les sources d’aide sont nombreuses et les formes de financement se diversifient. Depuis quelques années, la popularité du « financement participatif » ou crowdfunding connaît un essor incontestable. Cependant, ce type de financement n’est certes pas adapté pour toutes les industries. L’image de la marque, son offre aux consommateurs, la présentation du dossier sur les sites destinés à cet effet (les Kickstarter, et tutti quanti), et l’aspect viral de la proposition de l’entrepreneur influencent grandement le succès de ces levées de fonds grand public. Pour Andry, le financement participatif ne s’est pas avéré de grand secours. Elle se concentre maintenant sur les sources plus conventionnelles.

De façon générale, les rondes de financement se chevauchent et les états financiers doivent refléter ces dernières. L’importance du montage financier est parfois cruciale pour convaincre les différents investisseurs. Si les lettres d’appui « inter-financement » sont rares, il peut y avoir des financements conditionnels à l’obtention de d’autres.

« C’est un bien petit monde! C’est donc d’autant plus important de tabler sur notre notoriété, les relations publiques, notre image dans les réseaux sociaux, la mise de l’avant de notre projet dans notre communauté. C’est certain que cela influence positivement les éventuels bailleurs de fonds. En ce qui concerne Marclan, j’ai vu une différence depuis que j’y consacre davantage d’énergies en ce sens», confie Andry.


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Mon entrevue avec Frédéric René, CEO chez Liki, une jeune startup en ecommerce de Montréal: j’aborderai avec lui la question du calendrier des rondes de financement en période de croissance et des défis de gestion y étant rattachés.

Donc, c’est un rendez-vous!

Karina Brousseau, éditrice

Mentorat: développer son savoir-être entrepreneurial

Le blogue Le feu sacré se consacre, tout au long du mois de juin, au mentorat et au coaching d’affaires en démarrage d’entreprise. Les 3 entrepreneurs suivis dans ce blogue se confient sur le type de support extérieur dont ils profitent pour les aider dans leurs démarches en affaires. Cette semaine, je m’entretiens avec Andry Lant Rakoto, jeune entrepreneure d’origine malgache et CEO des produits fins Marclan. Elle en est encore à sa première année de démarrage d’entreprise. Elle vient d’effectuer un pivot majeur dans la stratégie de son développement des affaires en prenant un virage B2B et en offrant aux professionnels du secteur alimentaire québécois et canadien ses produits de chocolat, vanille et épices fines de Madagascar. J’aborde avec elle le rôle important que joue son mentor d’affaires dans le succès de ce virage à 90 degrés.


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Au Québec depuis moins de 5 ans, Andry Lant Rakoto n’a pas perdu de temps pour s’intégrer chez nous et se lancer en affaires. En plus de mettre les bouchées doubles dans la mise en oeuvre de son projet, elle a su se bâtir un réseau enviable dans les différentes communautés liées à ses activités. Parmi la multitude de ressources offertes dans le milieu entrepreneurial (coaching technique, coaching de vie personnelle et professionnelle, consultants, conseillers, mentorat), c’est vers le mentorat d’affaires qu’elle a toujours penché. Coach d’affaires elle-même au Centre d’Entrepreneurship HEC-POLY-UdeM, elle connaît bien l’importance de développer son « savoir-être » entrepreneurial avec un mentor, qu’elle estime crucial pour réussir dans les premières années de vie d’entrepreneur.

Tout vient à point à qui sait attendre

La rencontre d’un mentor d’affaires avec qui ça clique est un véritable cadeau. Grâce au REPAF (le Réseau des entrepreneurs et professionnels africains), elle profite maintenant d’une aide précieuse de son mentor attitréLe timing de cette rencontre ne pouvait pas être plus parfait.

« J’ai eu le bonheur de pouvoir compter sur un mentor spécialisé en développement des affaires, au moment-même où je changeais ma stratégie de mise en marché. Je venais tout juste de m’inscrire au SIAL Canada, un des plus gros salons alimentaires du pays, où tous les exposants et les participants sont issus du secteur agroalimentaire. Il m’a aidé à penser à tout en me posant les bonnes questions et a sanctionné plusieurs de mes intuitions et analyses. Il ne m’a jamais dit quoi faire; il m’a permis d’approfondir mes réflexions. Je suis arrivée au SIAL en plein possession de mes moyens, confiante et préparée à pouvoir livrer mes services peu importe la quantité de commandes générées suite au congrès. Depuis, on apprend à se connaître, on découvre nos affinités, la confiance grandit. Sans mon mentor, la transition vers ce nouveau marché serait beaucoup plus ardue… », explique Andry.

La relation « mentor-mentoré »

Voilà déjà 2 mois qu’Andry est mentorée. Elle est très satisfaite jusqu’à présent et le programme répond en tous points à ses attentes. Les facteurs primordiaux de succès sont respectés:

« Les mentors d’affaires se doivent d’être expérimentés dans leur secteur, impartiaux et bénévoles. Il y a un code d’éthique à respecter dans n’importe quel programme de mentorat. Les échanges doivent aussi rester confidentiels et il ne doit y avoir aucun risque de conflits d’intérêts entre le mentor et le mentoré. Ensuite, la qualité de la relation est beaucoup liée au respect mutuel qui s’installe. Les mentorés doivent faire leurs devoirs en amont pour maximiser le temps précieux dont ils disposent avec leur mentor. Établir des objectifs clairs avant chacune des rencontres est essentiel et les exprimer clairement l’est tout autant! Par exemple, je prépare toujours mes documents à l’avance et arrive systématiquement aux entretiens avec un ordre du jour», précise-t-elle.

Une relation mentor-mentoré, comme n’importe quelle relation, se bâtit et se bonifie avec le temps. Après la période d’observation mutuelle des débuts, la confiance s’établit, les personnalités se révèlent. Un langage commun et une complicité s’installent. Le mentor gagne de plus en plus en crédibilité en partageant ses expériences concrètes et peut de mieux en mieux anticiper les impacts des décisions de son mentoré. Il fait preuve de doigté selon la sensibilité du mentoré à la critique.

Objectif: savoir-être entrepreneurial

Pour sa part, au fil de la relation mentor-mentoré, le mentoré devient de plus en plus transparent dans le dévoilement de ses visions pour son entreprise et il précise davantage le détail de son modèle d’affaires. Il est aussi plus expressif quant à ses états d’âmes.

« Plus les deux sont à l’aise, plus les effets sont palpables. Etre en « représentation », cacher ou maquiller des éléments à son mentor ne mène nulle part! Il est évident que même si la relation porte a priori sur les affaires, les spectres social et émotif entrent souvent dans l’équation et contribuent à notre niveau d’énergie dans notre entreprise. Il faut donc pouvoir en parler librement si nécessaire avec notre mentor, tout en mettant des limites. Aussi, il faut comprendre que l’aide à la prise à la décision, la gestion du temps, la gestion du stress, démêler les priorités, c’est bien beau en théorie, mais en pratique c’est une autre paire de manches! Mon mentor m’aide à évaluer toutes les avenues possibles, grâce à son expérience, et surtout, m’aide à développer un savoir-être et à adopter des comportements facilitant la prise de décision et à gérer les imprévus en affaires », explique Andry.


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La dictature du bonheur en affaires: Mon entrevue avec Marie-Claude Élie-Morin, journaliste et auteur du livre La dictature du bonheur. Elle nous donne de son point de vue face aux coachs de vie et l’approche parfois utopique de certains gourous de la croissance personnelle et professionnelle ou encore, celle des « motivateurs ». Une mise en garde avisée pour les jeunes entrepreneurs en quête de support.

À ne pas manquer la semaine prochaine:

Frédéric René, de LikiSoft, nous parle de l’apport de son mentor. Il joue présentement un rôle primordial à l’heure où il passe de la phase d’introduction de son entreprise à la phase de croissance. On aborde aussi l’état d’esprit essentiel dans lequel être pour bien profiter d’une relation de mentorat, selon son expérience.

Donc, c’est un rendez-vous!

Karina Brousseau, éditrice

Dossier B2B: Vente et négociation dans la cour des « grands » de l’alimentation au Canada

Après un an à développer son réseau de distribution auprès des épiceries fines, la décision est prise: c’est le marché des grandes surfaces que Marclan, nouvelle marque québécoise de produits fins d’origine malgache, visera à séduire en 2015.

Le thème de février sur le blogue Le feu sacré, la vente et la négociation dans un contexte de B2B, tombe donc vraiment juste à point pour Andry Lant Rakoto, fondatrice de Marclan.

D‘Antananarivo (capitale de Madagascar) à Montréal, tous les moyens sont bons pour bien négocier dans la cour des « grands »!

anosy-481927_1280Ici, comme ailleurs?

À l’ère numérique, les tactiques de vente sont similaires partout sur la planète: les « cold calls », la mise en contact par des relations privilégiées, l’approche par courriel, l’envoi d’échantillons, toutes ces approches sont utilisées, avec plus ou moins d’intensité selon le secteur des produits.

Ce qui a frappé le plus Andry, depuis le démarrage de son entreprise au Québec, c’est le pouvoir démesuré qu’ont les distributeurs en général, dans les circuits du commerce au détail:

« Les rapports de force entre les représentants des ventes et les distributeurs sont souvent démesurés, parce qu’ils déterminent pratiquement à eux seuls la survie d’une entreprise », mentionne Andry.

Ce sont littéralement les distributeurs qui dictent les règles à adopter au niveau de la production. Le nerf de la guerre: produire à moindre coût et tabler sur les économies d’échelle.

C’est dans cette optique qu’Andry a établi son usine de production à Madagascar. Cette année, elle pivote et focalisera ses énergies vers la vente dans les magasins de grande surface en proposant ses produits en formats plus imposants.

L’approche corpo plus aisée

Évidemment, Andry fait toujours son « due diligence », se renseigne sur ses prospects, leurs fournisseurs, leurs clients. Elle questionne ses contacts, s’intéresse aux préférences de ses clients.  Elle s’équipe d’outils de présentation adéquats et participe à divers grands salons du secteur alimentaire pour acquérir plus de notoriété et développer son réseau. Mais, Andry n’est pas une « vendeuse de chars ». Si l’approche directe, enflammée et agressive fonctionne bien pour certains, ce n’est pas son style à elle du tout. Toujours à l’écoute, elle n’est pas le genre à « pousser » les gens. Elle laisse réfléchir, n’impose rien, surtout pas au coin d’un comptoir-caisse, à la « va comme j’te pousse ».

Si elle pouvait auparavant compter sur une équipe de représentants plus « abordables » à Madagascar, ici, elle se charge elle-même de tout ce qui a trait à la vente. C’est donc confiante et enthousiaste qu’elle entrevoit désormais passer en mode « corpo ». 

Sa meilleure arme dans un contexte de négociation B2B: les chiffres! Très expérimentée en développement international, c’est dans un contexte plus corporatif qu’elle trouve son terrain de négociation de prédilection. Comptable de formation, elle maîtrise à la perfection toute la rationnelle stratégique entourant sa production, ses prix et connaît sa marge de manoeuvre sur le bout de ses doigts.

En affaires, pas de sentiment. Lorsqu’elle analyse et négocie, ce sont les arguments financiers qui guident les décisions:

« Ma force, c’est d’être en mesure de m’ajuster au fur et à mesure que les discussions progressent », dit-elle.

En tant que propriétaire et CEO, elle a la latitude de s’engager, de prendre de nouvelles avenues, lors de rencontres de négociation.

B2B : Partenaire recherché!

La gamme de produits authentiques de Madagascar Marclan en est une de haute gamme. Andry Lant Rakoto se fait une fierté d’être actuellement la seule à distribuer la cannelle de Madagascar et ajoutera le chocolat très primé à sa liste d’exclusivité de Madagascar dans les prochaines semaines !

« Très peu de produits malgaches en général sont présentement distribués au Canada. Ils sont généralement utilisés par plusieurs fournisseurs de manière éparpillée (comme c’est le cas du poivre noir, notamment). La compétition à ce niveau est quasi inexistante. Et, après le Canada, plusieurs marchés internationaux restent à conquérir. »

Les opportunités de développement lui paraissent très intéressantes.

Réaliste, elle reconnaît qu’elle aura besoin d’aide pour percer rapidement le marché des grandes surfaces. Elle cherche un partenaire-investisseur qui connaît bien l’échiquier des bannières alimentaires au Canada, mais qui partagera sa vision à court, moyen et long terme.

Le financement et la force du branding sont identifiés comme les éléments clés du succès par Andry. Elle est prête à concéder des parts dans son entreprise.  Elle est prête à négocier!

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Et, vous, quel est votre style de vente?

Préférez-vous vendre dans un contexte B2B ou B2C?

Parlez-nous de vos trucs infaillibles pour arriver à vendre vos produits et services! 

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À ne pas manquer mardi prochain:

Mon entrevue avec Frédéric René, co-fondateur de Likisoft, au sujet, entre autres, de l’importance rattachée à l’identification des clients potentiels, surtout lorsque le cycle de vente s’étale sur plusieurs mois!

C’est donc un rendez-vous!

Karina Brousseau, éditrice du blogue

2015: les produits fins Marclan sur toutes les lèvres (et dans la bouche idéalement! )

En période de démarrage d’entreprise, chaque étape franchie est cruciale, car les assises sont récentes. Faut pas trop se tromper, si possible. Même dans la prise de nos « résolutions »…

Le thème de janvier du Feu sacré abordera la question des bilans et des résolutions d’affaires de 2015 des trois jeunes entrepreneurs en vedette dans ce blogue.

Fait amusant, en début d’entrevue, ils m’ont tous les trois déclaré qu’ils ne prenaient habituellement pas de résolutions. Question de vocabulaire, je présume…  En ce qui me concerne, que l’on préfère utiliser les termes « plan de match », « souhaits », « priorités », « éléments cruciaux à venir » ou « incontournables » pour en discuter ne change rien: on parle de ce qui s’en vient cette année !

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Le démarrage d’une ligne de produits d’épicerie fine, c’est comment?

Parlez-lui en! L’année 2014 n’aura pas été de tout repos pour Andry Lant Rakoto, fondatrice et présidente des produits Marclan! Depuis un an, c’est en bonne « lionne » qu’elle a « attaqué » le marché des épiceries fines au Québec et a commencé à établir son « territoire ». Le bilan est positif.

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Andry a « consolidé sa chaîne de valeurs » et s’est assuré que l’approvisionnement de ses produits allait pouvoir répondre à la demande des clients. Marclan possède désormais une unité de production, dans les normes internationales, à Madagascar.

Elle a développé 4 nouvelles gammes de produits fins, authentiques de Madagascar : breuvages chauds, chocolats épicés, coffrets cadeaux et produits vanillés gourmets.

Elle a mis en ligne 2 sites web qui lui ont amené plus de 10 000 visiteurs (marclan.ca et arts-pierres.ca). 

Elle a apprivoisé la chaîne de distribution et s’est grandement familiarisée avec le marché des épiceries fines au Québec.

Elle a rayonné dans diverses associations et a établi des contacts pour grossir son réseau en notre belle terre d’accueil !

Et finalement, entre la famille et les obligations du quotidien, notons de plus qu’elle a obtenu un nouveau titre comptable: celui de CPA, CMA.

C’est tout un exploit qu’elle a réalisé cette année. 

« Je suis très fière de ce que j’ai accompli. Jamais je n’ai regretté une seule seconde d’être partie en affaires. » dit-elle, avec les papillons au coeur.

Sur le plan personnel, l’année 2014 aura été grisante et valorisante et lui aura permis d’acquérir plus de confiance en elle.

Mais, malgré ce bilan extraordinaire, Andry est loin de se « péter les bretelles » et de s’asseoir sur ses lauriers.

Le niveau d’énergie a beaucoup varié au cours de l’année. La résistance du marché à ses produits a entraîné des doutes en cours de route et quelques phases de découragement.

Il y a encore beaucoup à faire pour consolider son réseau de distribution dans les épiceries fines. Puis, les ventes en ligne sont bien loin d’être au niveau souhaité. Elle est déçue de la faible percée de ses produits chez les détaillants, et les ventes devront augmenter sérieusement et rapidement, dans les prochains mois, pour pouvoir rester dans la course.

Reposée après des vacances des Fêtes bien méritées, Andry s’affaire déjà dans cette 2e année de démarrage.

Qu’est-ce qui se trame en 2015?

La liste des projets en cours, notamment la refonte de son site web, l’élargissement de son réseau d’affaires et le financement participatif, est très prometteuse.

En 2015, elle vise à ce que les produits fins Marclan soient sur toutes les lèvres et dans la bouche idéalement!

Des idées germent pour relancer certaines stratégies de commercialisation qui furent abandonnées en cours de route en 2014. Elle a la conviction d’être sur la bonne voie. Certains experts de l’industrie lui ont confirmé la pertinence de ses idées.

La patience sera son meilleur allié. 

4 bonnes résolutions pour 2015

On dit que pour être en mesure de réaliser ses « résolutions », il faut en faire moins de 4, car « si on veut réussir à faire embraser un feu, il faut débuter par enflammer quelques brins d’herbe! »

Voici celles d’Andry:

1- Tabler sur les acquis, les mettre en valeur et maximiser les investissements de 2014 en temps et argent. 

2- Se trouver un partenaire d’affaires: après les efforts déployés pour structurer la « chaîne de valeurs en amont » (la production des produits), c’est la mise en marché de ces derniers, en aval, qui fera l’objet d’une attention accrue cette année et qui nécessitera autant d’investissements en 2015. De belles opportunités d’affaires s’offrent donc dans le cadre du plan de commercialisation et c’est avec confiance qu’Andry ouvre la porte aux investisseurs intéressés.

3- S’entourer davantage: trouver son mentor, consolider son comité aviseur, poursuivre les travaux de « focus group » avec les spécialistes de son industrie. Andry prend très au sérieux les conseils de son entourage pour l’aider à prendre du recul et la guider dans les défis de gestion rencontrés en tant qu’entrepreneur, mère de famille, et immigrante au Québec.

4- Prendre soin d’elle (santé & bien-être): un classique, mais combien nécessaire à l’équilibre mental et physique!

A suivre mardi prochain:

Likisoft passera en 5e vitesse cette année! Voyez pourquoi, avec Frédéric René, co-fondateur de la boîte, en entrevue.

Donc à la semaine prochaine,

Karina Brousseau, éditrice du blogue

L’art de pivoter: de Peter Thiel à Miles Davis!

Nous en sommes désormais à l’heure de la rétrospective de la thématique du mois d’octobre, l’art de pivoter, abordée avec Andry Lant Rakoto (Marclan), Frédéric René (Likisoft), et Isabelle Moïse (iMoïse Conseil).

On l’a vu dans les dernières semaines, nos trois entrepreneurs enflammés pratiquent l’art de pivoter, à différents degrés. Ils le font pour des raisons diverses, de la survie budgétaire au feedback des clients sur leurs produits, de la nécessité d’ajuster leur stratégie communicationnelle au changement de leurs aspirations de départ.

La philosophie lean a fait couler beaucoup  d’encre depuis qu’Eric Ries a développé l’idée en 2008. Les entreprises de tous horizons ont départagé, depuis le temps, ce qu’elles pouvaient retirer de positif ou non de cette méthodologie, selon leurs secteurs d’activités, et selon leurs tailles. Elles se sont approprié le concept à leur manière.

Les principes de Peter 

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CRÉDITS PHOTOS: Forbes

Je viens de lire un livre d’exception, Zero to one, de Peter Thiel. Pour ceux qui ne connaissent pas l’auteur, c’est un investisseur des débuts de Facebook. Il est aussi co-fondateur de Palantir Technologies, co-fondateur de PayPal et investisseur en série dans de nombreuses compagnies telles qu’Airb&b et  LinkedIn. Sa fortune est estimée à plus de 2.2 milliards de dollars. En matière de risque et de management, on peut sans hésitation lui accorder une certaine crédibilité ; )

Zero to one ne parle pas que de la philosophie lean, mais en fait mention à plusieurs reprises.

Selon Thiel, 4 grandes leçons ont été retenues par l’industrie suite à l’explosion de la bulle techno au début des années 2000, et ces apprentissages sont devenus un genre de dogme dans le monde de « la startup ». Ces principes, les voici (traduits du livre):

1-Faire des petits pas: c’est la seule façon d’avancer avec assurance (quand on prétend changer le monde, c’est toujours suspect, et ça manque d’humilité!)

2-Toutes les compagnies devraient rester « lean », soit flexibles, et travailler en itération. Voir l’entrepreneuriat comme une expérience agnostique, évolutive, jamais coulée dans « le béton ».

3- Au début surtout, imiter « en mieux » la compétition, en n’essayant pas de créer un nouveau marché prématurément.

4- Focaliser sur les produits, pas les ventes.

Cependant, Thiel prévient que les principes opposés à ceux-ci ont, jusqu’ici, tout aussi bien tenu la route, et sont probablement même plus adaptés à l’entreprise en démarrage aujourd’hui. Je pourrais les traduire par:

1- Quitte à prendre des risques, faites-le pour la peine, pas pour des pacotilles.

2- Un mauvais plan, c’est toujours mieux qu’aucun plan!

3- Les marchés compétitifs minimisent les marges de profits.

4- Les ventes sont tout aussi importantes que les produits.

Comme dans n’importe quoi, la vérité n’est jamais toute noire ou toute blanche. Il n’y a pas que des avantages à l’approche lean. Il y a toujours des coûts rattachés aux changements de cap en entreprise, entre autres. Les investisseurs sont parfois frileux à l’approche par itération, selon le degré d’adhérence des entreprises. Plusieurs préfèrent minimiser les déviations au plan initial pour ne pas perdre la vision fédératrice initiale. Changer de route peut aussi être épuisant pour ceux qui sont touchés, tant physiquement qu’émotivement. Dans certains cas, cela peut même contribuer à une baisse de l’intérêt des troupes.

Le caractère des entrepreneurs et le style de gestion qu’ils préconisent influent beaucoup sur leur choix d’adopter une approche « lean », de pivoter ou non en affaires, et d’appliquer la théorie avec plus ou moins de rigueur le cas échéant.

So what?

Tout réside finalement dans la capacité d’adaptation des entrepreneurs, leur capacité d’improviser. Pas dans le sens de faire n’importe quoi, sans réfléchir. Dans le sens de suivre la « musique », et même la devancer. Du moins, c’est ce que moi, ça m’inspire.

 

CRÉDITS PHOTOS: http://www.theguardian.com/music/2011/jun/17/miles-davis-improvises-soundtrack

 

A l’instar du trompettiste jazz célèbre Miles Davis, leur talent pour suivre une partition « architecturale »(non-écrite), dans laquelle seulement les accords de transitions sont prévus dans la portée est requis. Leur capacité de jouer la prochaine ligne musicale, à créer spontanément la suite de l’oeuvre avec la complicité des autres collègues musiciens tout en gardant l’attention du « public » va déterminer leurs chances de succès dans l’application des principes lean.

Cela sous-entend être à l’écoute, rester fondamentalement ouvert et perméable à son environnement.  Ne pas avoir peur des fausses notes, mettre son égo de côté, et recommencer quand il le faut, malgré ses détracteurs. Se faire suffisamment confiance que le prochain « son » qui sortira de notre « instrument » cadrera bien avec la mélodie, sera innovant, authentique, mais restera sur la charpente de base, en lien avec l’idée de départ.

Le jazz prend beaucoup de temps à maîtriser, tous les musiciens vous le confirmeront. Je parle ici en connaissance de cause. Mais le jazz, c’est d’abord et avant tout un état d’esprit. Et je crois que c’est dans cet état d’esprit que les entrepreneurs doivent être pour maîtriser l’art de pivoter… Qu’en dites-vous?

Laissez-nous vos commentaires sur la question, ça permettra d’alimenter les réflexions de tous les participants au blogue, j’en suis certaine, mais également celles des lecteurs du blogue Le feu sacré!

Je vous laisse avec une de mes pièces favorites de Miles Davis, de circonstance en cette fin d’octobre: Automn Leaves .

Bonne écoute et à la semaine prochaine!

Karina Brousseau, éditrice du blogue

P.-S.: J’aurais souhaité clôturer sur le sujet en vous présentant un article d’un véritable expert sur l’art de pivoter, la philosophie lean, etc., comme c’est mon intention de le faire à chaque fin de mois, pour chaque thématique. Cela n’a pas été possible pour différentes raisons, qu’à cela ne tienne!  Je réitère à tous l’invitation: chaque mois, en 4e semaine, la porte est ouverte pour l’ajout d’un article de spécialiste du thème en cours! Contactez-moi si l’exercice vous interpelle, dès que le thème est annoncé !

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A surveiller mardi prochain:

Des nouvelles d’Andry Lant Rakoto et ses expériences en lien avec la thématique de novembre: Les défis du web à bas prix!

C’est un rendez-vous!

L’art de pivoter: Le luxe de pivoter seule!

Le fantasme d’être son propre patron, de faire ses horaires, de faire ses suivis téléphoniques en pyj sur son balcon au chalet, en buvant un grand latte fait maison, tout relax, avec la barbe de trois jours ou sans maquillage si possible, habite plusieurs d’entre nous.

Même si tout le monde sait bien que la réalité d’un travailleur autonome est dans les faits tout autre, l’idéal persiste. Isabelle Moïse, à son compte depuis 1 an, vous en parlerait pendant des heures.

Cet idéal dessert bien les clients, cela dit: ils savent bien que la « shop » ne ferme jamais vraiment! Certes, l’espace temps est plus souple, mais la plage horaire où les blocs de travail s’exécutent, elle, est beaucoup plus large! Et, pour une jeune consultante en événementiel et marketing, service-clientèle et compétition obligent à être disponible en tout temps. Surtout en démarrage, tout repose sur ses épaules. Dur, dur, de prendre des vacances ou de débrancher le téléphone.

Très expérimentée et appuyée d’un réseau impressionnant à la fois de clients, de fournisseurs, de mentors, d’amis issus de nombreux secteurs et de partout dans le monde, Isabelle carbure aux nouveaux projets. Beau problème, on en conviendra tous, les contrats viennent à elle et sont nombreux, donc elle peine un peu à balancer la réalisation de ses mandats avec son développement des affaires.  Le temps requis pour réellement se pencher en profondeur sur sa stratégie de marketing et sa stratégie financière manque cruellement.

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Poussée par le vent, à la croisée des chemins

C’est dans une boîte spécialisée en organisation d’événements corporatifs de tous acabits, Opus 3, qu’elle a pris du galon. Pendant 10 ans, elle a gravi tous les échelons, d’abord comme coordonnatrice de projets, puis comme directrice de comptes, pour finalement assurer la direction générale en 2012. Mais, tant sur le plan professionnel que sur le plan personnel, Isabelle a eu besoin, en 2013, d’un temps de réflexion, pour se retrouver, se reconnecter avec ses envies, ses ambitions.

En prenant le pouls à gauche et à droite, plusieurs de ses amis ou ex-clients l’encourageaient à se lancer en affaires. Les gens la rassuraient sur la valeur de son nom, sa réputation, et souhaitaient continuer de faire affaire avec elle. Elle se retrouvait donc devant un choix à faire: continuer en tant qu’employée dans une (autre) entreprise, ou se lancer, et si oui, comment ?!

Un an d’étude empirique

Candidement, elle en convient, c’est sans plan réellement précis qu’elle décida de faire le saut. C’est beaucoup plus son besoin de réalisation, de découverte, et de changement à tous les niveaux qui l’a poussée dans l’arène. Elle connaissait ses forces et les a simplement mises de l’avant dans son offre de service. That’s it!

Mais, prudente, elle s’est toujours dit qu’elle observerait pendant 12 mois comment ça se passe sur le terrain, conviendrait de certaines éphémérides, vérifierait si le portefeuille est toujours minimalement garni dans les périodes plus creuses pour mieux les planifier dans le futur. Elle a donc mené une étude de marché, dont elle-même faisait l’objet, qui la questionnait dans sa propre position, et lui permettait de raffiner sa niche. Normal, elle incarne sa propre marque! Son produit (c’est elle) et son bagage de 10 ans comme directrice-conseil dans la même sphère chez son ancien employeur lui permettent de tabler sur sa connaissance du marché et de la compétition.

Cela dit, à l’écoute de ses émotions et ses envies personnelles, elle embrasse certains partenariats, choisit ses mandats et les trie subséquemment.  Que ce soit parce que le secteur d’activités de son client l’intéresse, ou que la bonne cause l’interpelle, ce n’est pas a priori pour l’argent qu’elle fait ce métier. Idéaliste? Certainement! De façon assumée de surcroît. Mais sans pour autant ne pas avoir de visées ambitieuses. Seulement, à ce stade-ci de sa vie, c’est avec le désir profond d’aider en mettant son expertise au profit des autres, d’être connectée avec ses réelles envies et ses valeurs qu’elle avance. Son offre de services et son message ont, à titre d’exemple, été ajustés au cours de l’année pour positionner plus fortement ses services comme stratège, ce qu’elle souhaite faire, pour aller au-delà des services logistiques (son étiquette naturelle de toujours).

Pivoter et gérer ses propres attentes

Quand on aborde la question du pivotement, elle hésite. «  L’art de pivoter, pour moi, c’est s’adapter et réagir au bon moment pour ré-enligner les flûtes, tout au long de son évolution. Comme je suis seule pour l’instant, que cela fait 1 an seulement que je suis enregistrée, et que mon plan d’affaires n’est pas encore à proprement dit arrêté (j’y travaille, cela dit!), mon plus grand défi d’adaptation est celui de gérer mes propres attentes, et surtout de mesurer l’importance de certains aspects dans mon bonheur professionnel. Faire des choix d’affaires conséquents à mes valeurs intrinsèques.» 

C’est automatique: c’est quand on perd quelque chose, qu’on découvre à quel point on l’appréciait. Comme Isabelle est une véritable « bibitte sociale », la cohésion avec un groupe au quotidien et le travail d’équipe, entre autres, lui manquent parfois. L’auto-discipline et le courage de ses idées, en tout temps, lui sont d’autant plus essentiels depuis qu’elle est à son compte.

« C’est toute une aventure humaine, en tout cas, je me découvre énormément…», confie-t-elle.

Qu’est-ce qui se trame?

Dans les prochaines semaines, Isabelle s’occupera de créer son site web officiel, pour complémenter ses efforts d’auto-promotion via les réseaux sociaux.

Elle poursuivra en parallèle sa réflexion sur sa structure budgétaire, les fonds de roulement disponibles, le calendrier à venir pour clarifier les secteurs d’affaires à prioriser et les « indicateurs de succès » à mesurer. 

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À ne pas manquer la semaine prochaine:

Une métaphore intéressante à l’art de pivoter et une critique du livre « Zero to one » de Peter Thiel.

Donc, à la semaine prochaine!

Karina Brousseau, éditrice du blogue