50 NUANCES ÉMOTIVES DES ENTREPRENEURS

Solange Côté, ASC

Solange Côté, ASC

« N’oublions pas que les petites émotions sont les grands capitaines de nos vies et qu’à celles-là nous y obéissons sans le savoir. » Vincent Van Gogh

Le philosophe René Descartes (1596 – 1650) a été l’un des premiers à aborder le sujet des émotions dans son traité Les passions de l’âme. La seule évocation de ce titre campe de façon puissante toute l’importance des émotions dans nos vies. Que nous soyons entrepreneurs, chanteurs ou jongleurs, les émotions modulent nos actions et j’irais jusqu’à dire que pour certaines personnes, elles sont aussi vitales que l’oxygène!

Une question d’étiquette?

Il est souvent inutile d’ouvrir la bouche pour faire savoir ce que l’on pense. Nos émotions parlent pour nous. Plusieurs grands acteurs avouent sans ambages être morts de trac avant de monter sur scène. Le trac dans le monde des émotions c’est de la peur, de l’angoisse. L’étiquette que l’on met sur ce que l’on ressent, change-t-il la réalité? Tout n’a pas été dit sur les émotions, les classifications se raffinent et se peaufinent selon les grands spécialistes du domaine.

J’ai lu dans les 4 derniers articles de ce blogue les termes joie, peine, confiance, crainte et autres. Plus que des mots, ces émotions ont du pouvoir et sont susceptibles de modifier le cours d’une transaction de façon positive ou négative, d’impacter la longévité de l’entreprise ainsi que celle de l’entrepreneur en affaires.

Malsaines, les émotions?

Est-ce que vous avez des émotions ou est-ce que ce sont plutôt vos émotions qui vous ont?

À question sibylline, réponse terre à terre. Apprendre à reconnaître l’émotion ressentie (d’autres diraient apprendre à se connecter à soi) s’avère un pas important dans la connaissance de soi et dans le pouvoir de gérer ce qui est présent, d’adopter le bon comportement, d’éviter ce qui pourrait possiblement être dommageable comme la perte d’un client majeur ou encore des problèmes de santé (burn-out, ulcères d’estomac, etc.).

Si votre pouls augmente de façon inconsidérée et que votre cœur bat la chamade face à votre conjoint(e), vous n’en ferez pas la même lecture que si les mêmes symptômes se manifestent face à un client qui contesterait une entente et qui vous traiterait de tous les noms. Pas question ici de faire du déni, ni de revêtir votre habit de teflon. Dans cet exemple-ci, la colère est présente, la contrariété également et plus encore. Libre à vous de répliquer en utilisant votre répertoire exotique ou de demeurer stoïque et de vous serrer les poings.

Les émotions existent et s’accompagnent la plupart du temps de signes physiques comme le ferait un thermomètre. Frédéric René a d’ailleurs témoigné à cet effet dans l’article Le corps, ce partenaire d’affaires capricieux. Si vous n’en dormez plus la nuit, que l’arrivée du relevé bancaire vous stresse et que vous sursautez au simple battement d’ailes d’un papillon, voilà autant d’indicateurs vous recommandant fortement de « prendre soin de l’entrepreneur en vous ».

Quand on démarre son entreprise, on vit plusieurs nouvelles expériences qui génèrent nécessairement des émotions nouvelles également. Ainsi, la première fois qu’une charge émotive s’empare de vous, il est normal d’être décontenancé. Que l’expérience soit plus ou moins excitante ou contrariante, les émotions de la première fois se nuancent avec le temps. Des situations semblables se répéteront et la répétition du phénomène, sans faire disparaître les émotions, les rendra plus « gérables ». Reconnaître ce qui est présent, analyser la situation de façon impartiale, avoir quelqu’un avec qui parler (un mentor, un coach, une personne de confiance) sont autant d’outils possibles.

« Prendre soin de l’entrepreneur en vous », c’est également une question d’hygiène de vie. Parfois, il faut mettre les bouchées doubles, rogner sur les heures de sommeil, faire sa comptabilité les fins de semaine, mais se garder des plages de récupération est essentiel à la réussite. Pour reprendre l’analogie de Karina Brousseau dans sa dernière entrevue avec Isabelle Moïse, le « marathonien » ne court pas de la même façon que le sprinter. En qualité de marathonien des affaires, les entrepreneurs doivent doser leurs efforts.

Un équilibre émotif fragile

Les trois entrepreneurs suivis dans ce blogue ainsi que Mélanie Heyberger, nouvelle participante, ont fait montre d’une très grande générosité en s’ouvrant avec autant d’honnêteté et de lucidité sur la présence des émotions dans le cycle de vie de leur entreprise. Conscients des émotions ressenties, ils font tout pour ne pas se laisser happer par celles-ci, signe éminent de maturité et également d’équilibre.

Et pourtant, il suffira d’un geste ou d’un mot pour qu’une nouvelle charge d’émotions bouleverse ce bel équilibre….

« Prendre soin de l’entrepreneur en vous », c’est une question d’équilibre à protéger au quotidien…


À ne pas manquer la semaine prochaine:

Nouvelle thématique sur le blogue Le feu sacré: le coaching et le mentorat d’affaires en démarrage d’entreprise. Un sujet qui rejoindra assurément un grand nombre d’entrepreneurs.

Pour débuter sur la question, je vous présenterai mon entrevue avec Marie-Claude Élie-Morin, journaliste et auteure du livre La dictature du bonheur. On abordera la question de la dictature du bonheur en affaires et le rôle discutable des coachs de vie personnelle et professionnelle.

Également, tout au long du mois de juin, les 3 entrepreneurs suivis dans ce blogue se confieront sur le rapport qu’ils entretiennent avec leur mentor, les limites qu’ils s’imposent ou non dans le dévoilement de leurs activités d’affaires ou leurs états d’âmes avec eux, leur rapport à la critique, etc.

Donc, c’est un rendez-vous!

Karina Brousseau, éditrice

 

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Dans l’ascenseur émotionnel d’une jeune entrepreneure

Mélanie Heyberger

Mélanie Heyberger

Lorsqu’on dit qu’on se lance en affaires, la réaction des gens est souvent admirative et suivie d’un « tu es tellement courageuse, moi je n’oserai pas! ». Quitter sa zone de confort n’est certes pas inné pour tout le monde et quand on fait le grand saut, il est important de réaliser à quel point il faudra s’accrocher. Il y a maintenant 8 mois, je me suis lancée et je suis devenue entrepreneure. J’ai démarré Le coffret de Rachel, qui a pour mission de remettre de la vie dans la garde-robe des femmes grâce à un accessoire indispensable : le collant! Je vous partage aujourd’hui mes impressions sur cet « ascenseur émotionnel » dans lequel je me suis embarquée avec mes deux précieuses associées.

Incertitude, impatience, excitation : Le pré-démarrage

Lorsque l’idée est née, les émotions les plus difficiles à canaliser étaient l’impatience et l’excitation. Je voulais absolument que ça aille vite sans être totalement consciente à quel point il faut du temps et à quel point l’étape de la validation de marché est cruciale! En effet, si personne ne voulait de notre produit, c’était du temps, de l’énergie et de l’argent gaspillés!

Durant cette période, il m’est aussi souvent arrivé d’être gênée ou insécure. Ça m’arrivait surtout lorsque je savais que j’allais être confrontée au jugement d’experts, à leurs critiques. Tant que la validation de marché n’était pas complétée, je vivais constamment ce sentiment d’incertitude et je manquais de confiance en mon idée.

Le lancement

Juste avant le Jour J du lancement de notre entreprise, je me suis familiarisée avec les insomnies. N’étant pas stressée de nature, cette anxiété, cette fébrilité nouvelle m’a fait réaliser à quel point j’avais ce projet à cœur et combien je voulais qu’il fonctionne. C’était un stress positif, stimulant et motivant. Le tout était de savoir le gérer!

Mon conseil à tous les nouveaux entrepreneurs lorsqu’ils dévoilent leur nouveau concept sur le marché: ne pas se laisser emporter par l’effet du « buzz médiatique ». Même s’il est très encourageant, il faut savoir vite redescendre sur terre et… livrer ses promesses!

En ce qui nous concerne, notre lancement a connu un très beau succès, mais la plus grosse partie du travail reste à venir. Il faut maintenant mettre les bouchés doubles et être à la hauteur des attentes. Le tout sans oublier de faire des pauses de temps en temps, accessoirement!

Et depuis?

…beaucoup d’interrogations! On observe ce qui va et ce qui ne va pas, on parle au monde et on s’adapte. J’ai appris qu’être flexible et ouverte sont des qualités indispensables pendant le développement des affaires. Même si on n’en a pas toujours envie, c’est important d’écouter les critiques et de les voir comme constructives. Il faut garder en tête que c’est en faisant des erreurs qu’on apprend et qu’on s’améliore!

Depuis les débuts officiels, mes partenaires et moi nous sommes ajustées et avons « pivoté » plusieurs fois. On a pris, entre autres, l’importante décision de changer notre site web et d’adapter notre offre. C’est vraiment satisfaisant de recevoir désormais des commentaires positifs et de se rendre compte du chemin qu’on a parcouru en si peu de temps.

Il nous est souvent arrivé de rentrer le soir, découragées, avec le sentiment de pas avoir avancé. On s’est demandé chaque fois comment le temps avait fait pour passer aussi vite! On a encore parfois du mal à quantifier l’impact de notre travail au jour le jour, parce que les résultats ne se voient pas toujours immédiatement.

Je suis en train de comprendre qu’il est important de valoriser nos progrès. Chaque accomplissement, qu’il soit petit ou plus important, mérite d’être mis de l’avant. Quoi de plus motivant pour nous pousser à faire encore mieux?

Les commentaires pertinents, les encouragements et les félicitations provenant de l’extérieur de l’entreprise ont toujours des impacts très positifs sur notre état d’esprit. On a parfois (souvent) besoin d’être rassuré. Les bons mots nous permettent d’acquérir plus de confiance et d’aller plus loin.

Aujourd’hui, je suis encore plus stimulée et excitée par mon entreprise qu’au premier jour. Il m’arrive encore de me réveiller en pleine nuit (j’ai d’ailleurs opté pour le cahier et le stylo à côté du lit pour ne pas perdre mes bonnes idées!). J’apprends petit à petit à gérer mes émotions, à ne pas m’emballer trop rapidement, à ne pas être trop impatiente ou à m’éparpiller.

L’importance de mon équipe

J’ai la chance d’avoir deux associées extraordinaires avec qui je peux tout partager. Elles ont pris une place très importante dans mon épanouissement professionnel et personnel.

Nos trois caractères et nos façons de réagir très complémentaires font clairement notre force. À titre d’exemple, le côté plus terre à terre de l’une va me permettre de me recadrer, me tempérer. Puis, le caractère plus émotif de l’autre va rendre l’aventure encore plus humaine et me motiver chaque jour. Mais, au delà des traits de caractères, les émotions vécues par chacune au quotidien déteignent très rapidement sur celles des autres. Elles ont des répercussions sur notre façon de travailler ensembles et sur notre plaisir à faire équipe. Nous apprenons chaque jour à conjuguer nos élans émotionnels respectifs et à s’en servir comme levier.  C’est sans aucun doute un des apprentissages les plus indispensables pour un entrepreneur!


Vous pourriez aussi aimer:

Un démarrage haut en émotions: mon entrevue avec Andry Lant Rakoto, généreuse et transparente. Elle se confie sur les hauts et les bas vécus lors du lancement de son entreprise Marclan, les émotions qui l’ont le plus étonnée, l’importance du discours intérieur qu’elle entretient et son « cercle affectif ».

Le corps, ce partenaire d’affaires capricieux: Mon entrevue avec Frédéric René, co-fondateur de LikiSoft, avec qui j’aborde la question du contrôle du stress et des émotions en démarrage d’entreprise. Il nous sensibilisera, entre autres, à la notion de somatisation.

Des émotions qui propulsent les affaires: Isabelle Moïse, consultante en marketing événementiel, est en quelque sorte son propre produit. Seule à la barre, il est d’autant plus crucial pour elle de se connecter en tout temps avec ses émotions et d’être outillée à faire face à toute éventualité, notamment lors des échecs. Un témoignage fort utile pour tous les entrepreneurs, ces « marathoniens » sur la route des affaires!

À ne pas manquer ce jeudi:

Solange Côté, ASC une mentor d’expériences nous donne son point de vue sur les émotions à l’heure du démarrage d’entreprise.

Donc c’est un rendez-vous!

Karina Brousseau, éditrice du blogue Le feu sacré 

Des émotions qui propulsent les affaires

J’adore l’analogie du marathon pour décrire le parcours entrepreneurial et le cheminement personnel. Les entrepreneurs sont effectivement des coureurs de fond. Et, les affaires, c’est aussi une question d’endurance. Que ce soit en tailleur et cravate ou en tenue sportive, les « coureurs » doivent bien se préparer et s’entraîner, se commettre à 100%, partir du bon pied, en confiance, et surtout, gérer leurs énergies pour durer tout au long de la route. Comme pour un marathonien, la préparation émotive et psychologique de chacun est cruciale en démarrage d’entreprise. Les « couleurs émotives » et les prédispositions mentales teinteront la prise de décisions.
Cette semaine, je vous présente mon entrevue avec Isabelle Moïse, consultante en marketing événementiel et communications. 
J’aborde avec elle la gamme des émotions ressenties depuis le début de sa « course », depuis qu’elle est à son compte, sous iMoïse Conseil.


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Courser quand on est fin prêt!

Isabelle Moïse l’admet d’entrée de jeu: elle n’aurait certainement pas pu partir à son compte il y a 10 ans. Désormais plus expressive, moins naïve, plus assumée, elle se considère plus tempérée dans ses réactions, plus mesurée. Elle écoute davantage avant de donner son opinion. Diverses expériences de vie personnelles, le marché du travail, des voyages autour du monde aussi, auront su nourrir sa confiance en elle et sa maturité.

Respecter son rythme, prendre régulièrement son pouls

Pour Isabelle, la question des émotions en affaires est d’autant plus pertinente qu’elle offre ses services de consultante. Comme elle est en quelque sorte son propre produit, son stress ou ses humeurs se reflètent automatiquement dans la mise en oeuvre de ses mandats. Elle y est donc très sensible.

Travaillant souvent de chez elle, seule, elle n’a plus à maquiller autant ses états d’âme au quotidien pour des collègues. Elle est plus connectée à ses émotions et se laisse imprégner davantage de ces dernières, pour son plus grand bien-être.

« En entreprise, même si on est habituellement invité de bonne foi par nos patrons à verbaliser nos sentiments, il est tout de même de mise de contrôler davantage ses élans émotifs et de gérer les perceptions de nos collègues quant à nos vulnérabilités. C’est aussi une question de civisme et de respect envers les autres. Ces derniers n’ont pas à subir tous nos aléas émotionnels. Chez soi, on peut plus se laisser aller, on est moins « dans le contrôle ».  On peut voir cela comme un des avantages à travailler de la maison!», plaisante-t-elle.

Gérer ses émotions, gérer ses énergies, écouter son corps… et son esprit

Depuis qu’elle s’est lancée en affaires il y a un an, l’émotion qui l’a le plus surprise est sans conteste l’angoisse, la peur de l’échec et par ricochet, celle de décevoir les autres.

Cette peur entraîne parfois chez Isabelle des comportements perfectionnistes. Isabelle reconnaît qu’elle veut plaire et vise à livrer en tout temps ses mandats à la hauteur des attentes de ses clients.  Elle travaille donc sans compter ses heures de travail et met les bouchées doubles si nécessaires. La fatigue la guette. Heureusement, elle en est bien consciente.

« J’ai eu une grosse grippe au début de l’année et je fais régulièrement de l’insomnie. Ça ne m’arrivait jamais avant. Je réalise qu’il faut faire attention », mentionne-t-elle.

Des émotions qui ralentissent la course

Certaines personnes de nature très confiante peuvent, à la suite de succès, développer un sentiment de toute-puissance. L’enthousiasme des pairs à l’égard de leur offre et l’obtention d’une soudaine reconnaissance publique peuvent entraîner un ego trip chez les entrepreneurs aux tendances narcissiques. Des projets mégalomanes voient alors parfois le jour et peuvent les mener à leur perte.

À l’inverse, les émotions négatives peuvent également dégénérer selon la personnalité des entrepreneurs.

« Quand on est seul, on peut avoir tendance à manquer de perspective, à douter, à « empirer » les faits, à déformer la réalité. L’entourage et la famille sont alors précieux pour nous aider à ramener les choses à leurs proportions réelles. Il ne faut pas donner prise à nos tendances paranoïaques, exacerbées par les moments de fatigue. Ventiler et prendre le point de vue des gens de confiance autour de nous aident énormément en ce sens », explique Isabelle.

Savoir se relever et visualiser les prochaines étapes

L’expérience du deuil aide à s’outiller pour faire face à d’éventuels échecs en affaires. 

« Quand on vit un échec en affaires, on passe sensiblement par les mêmes phases que lorsqu’on vit un deuil: le choc et le déni, la douleur et la culpabilité, la colère, le marchandage, la dépression, la reconstruction et l’acceptation. Quand on a déjà vécu un deuil – dans mon cas, c’était celui d’une relation – on est déjà un peu plus familier avec nos mécanismes de défense à travers les étapes de deuil. On comprend mieux ce qui nous bloque et on visualise plus facilement les portes de sortie. On a des attentes plus réalistes aussi par rapport au temps que l’on s’alloue pour passer à autre chose », confie-t-elle.

Faire de nos peurs notre moteur et être indulgent envers soi

Seule maître à bord chez iMoïse Conseil, tout repose sur ses épaules. Cette pression constante lui pèse toujours, mais elle la gère de mieux en mieux chaque jour.

« La peur de l’échec et la peur du jugement sont devenues pour moi des moteurs. Ces peurs m’obligent à toujours être en mode solution. J’ajouterais même que mon récent célibat a également alimenté cette approche. Je suis « à cheval » entre la route des affaires et mon cheminement personnel. Mes émotions positives me propulsent à tous les niveaux. Le fait de ne pas avoir trop d’attentes précises en termes de résultats m’aide à ne pas être trop déçue ou d’avoir un sentiment d’échec si des « étapes » sont franchies avec moins d’éclat que d’autres. C’est un « flou artistique » qui me dessert bien présentement étant donné que je n’en suis qu’à ma première année en affaires. Ça me rend plus indulgente face à moi-même», ajoute-t-elle.


Vous pourriez aussi aimer:

Le corps, ce partenaire d’affaires capricieux:  Le corps est aux premières loges des démarrages d’entreprises. Mon entrevue avec Frédéric René, co-fondateur de Likisoft. Il se confie sur la question de la somatisation et de la gestion du stress en affaires. 

À ne pas manquer mardi prochain:

Collaboration spéciale: Mélanie Heyberger, entrepreneure et co-fondatrice chez Le coffret de Rachel. Elle témoignera de son expérience dans « l’ascenceur émotionnel » dans lequel l’a entraînée le démarrage de sa compagnie, il y a à peine 8 mois!

Aussi, le point de vue d’une mentor chevronnée, Solange Côté, ASC, qui nous partagera ses observations sur la question des émotions en affaires.

Donc, c’est un rendez-vous!

Karina Brousseau, éditrice 

 

Le corps, ce partenaire d’affaires capricieux

Se lancer en affaires comporte son lot de moments d’émotions intenses. Le corps est souvent aux premières loges des démarrages et témoigne des efforts psychologiques et physiques fournis par les entrepreneurs pour s’adapter à leur réalité.  J’aborde avec Frédéric René, co-fondateur de la startup de e-commerce LikiSoft, la question de la somatisation et des défis de gestion du stress dans le cadre du dossier spécial sur le spectre des émotions en démarrage d’entreprise, sur le blogue Le feu sacré.


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Tout en contrôle, comme un canard sur l’eau…

Depuis 2 ans, Frédéric René doit porter, la nuit, un appareil dentaire conçu pour l’empêcher de grincer des dents et l’aider à relâcher sa mâchoire. Sans qu’il ne le ressente le jour durant, son corps lui envoie des signes de tensions corporelles. De type mince, au métabolisme « nerveux », il avoue se sentir beaucoup plus stressé qu’avant, alors qu’il enseignait la physiothérapie à l’Université d’Ottawa. Il sent aussi que sa personnalité a un peu changé dans les dernières années: il est beaucoup moins prompt à lâcher son fou et à faire des blagues.

Pourtant, de l’extérieur, rien n’y paraît: il est comme « un canard sur l’eau ».

Flegmatique, réfléchi, tempéré, toujours avenant et souriant, il inspire confiance à tous ceux qu’il rencontre. Il exerce un rôle de leader très attentif à ses acolytes, une figure presque paternelle.

Cependant, paraître calme en surface malgré le fait qu’on pédale comme un forcené sous l’eau pour avancer n’est pas toujours facile.

Il s’en confesse: « Mon corps me parle! Depuis que je suis en affaires, je suis enthousiaste et passionné par l’évolution de l’entreprise, mais je suis également plus préoccupé. Je suis plus sollicité, la charge de travail est vraiment prenante, et les moments d’insécurité financière, entre autres, me drainent parfois mon énergie. »

Un cercle vicieux

Pour Frédéric, ce qui est le plus difficile à gérer c’est la fatigue, puisqu’elle amplifie les émotions négatives comme le découragement.

« C’est un cercle vicieux! Au début, tu te refuses à toi-même un moment d’arrêt car tu es débordé et tu sais que la pile de dossiers va continuer de grossir pendant ton absence. Tes réflexions s’embrouillent peu à peu. Puis, tu continues à travailler et tu commences à douter de toi quand vient le temps de prendre des décisions, car tu te fais moins confiance d’avoir sous-peser l’ensemble des facteurs influents. En parallèle, tu deviens mauvais juge de tes émotions et ta perception de la réalité peut être déformée. Le risque est réel, surtout si tu n’es pas entouré de gens en qui tu as confiance et qui savent comment te garder les pieds sur terre. C’est un classique! Mais le corps est témoin de tous ces efforts et, tôt ou tard, il nous ramène à l’ordre! Heureusement, mon frère et partenaire d’affaires Jean-François et moi on s’épaule beaucoup en ce sens-là.» admet-il.

Surprise!

Si se présenter comme un entrepreneur en contrôle est nécessaire pour rassurer les employés, les investisseurs, les partenaires, les clients, l’exercice est un effort constant pour Frédéric. D’autant plus que l’émotion la plus régulièrement ressentie par Frédéric, au jour le jour, est sans contredit la surprise, dans les aléas lors du démarrage en affaires!

« Tu ne sais jamais ce qui te pend au bout du nez, quel défi se présentera dans la semaine et tout au long de la croissance de l’entreprise, au gré des nouveaux mandats. La clé, c’est d’apprendre à la vitesse grand V! C’est carrément une question de survie pour l’entreprise. » avise -t-il.

Gérer les attentes

Quand on démarre, que notre entreprise prend son envol, on est confronté à des défis de gestion toujours plus grands. On veut bien s’entourer, s’assurer de maîtriser les outils techniques et administratifs pour parvenir à nos fins à chaque nouvelle étape. Mais on ne sait pas tout (!) et on réajuste perpétuellement nos priorités.

Frédéric est bien placé pour en témoigner: « On le sait tous en théorie: il faut gérer les attentes des autres et les nôtres puis reconnaître nos limites. On sait aussi que c’est normal de ressentir de l’impuissance à l’occasion et que l’on doit pratiquer le détachement. Cependant, ce n’est pas facile à accepter. On voudrait être invincible et tout réussir du premier coup. Mais quand on se rend compte que l’on fait des erreurs et qu’on se sent ébranlé, il faut s’organiser pour retomber rapidement sur nos pieds et faire face au défi suivant.”

Volcan tranquille

« Une fois, je l’avoue, j’ai déjà pété ma coche! C’était à l’époque de notre première startup Les enchères Bidou. Lors d’une réunion d’actionnaires, j’ai même crié! Cette fois-là, je m’étais moi-même surpris, puis m’en étais un peu voulu. D’habitude, j’ai plutôt tendance à contenir mes émotions. » avoue Frédéric.

“Je reste aussi plus stoïque face aux bonnes nouvelles. J’attends de voir l’évolution des choses, j’observe, je ne vends pas la peau de l’ours avant de l’avoir tué. Je me protège contre la déception”, poursuit-il.

Il se décrit lui-même comme un perfectionniste et un idéaliste. S’il ne se donne généralement pas beaucoup droit à l’erreur, il se pardonne plus facilement quand les revers sont dus à des éléments hors de son contrôle. Et il se fait un devoir d’en tirer des leçons.

«  Mon mentor d’affaires est également entrepreneur. Il m’a dit un jour qu’il fallait toujours tenter de retirer quelque chose de positif même dans les situations difficiles. Je tente d’appliquer ce principe aux émotions également. J’essaie de saisir les opportunités de grandir, de cheminer pour devenir sans cesse une meilleure personne, un meilleur entrepreneur. »


Vous pourriez aussi aimer:

Un démarrage d’entreprise haut en émotions:
Mon entrevue avec Andry Lant Rakoto des produits fins Marclan, qui se confie elle aussi, entre autres, sur l’importance de son mentor d’affaires. Il lui donne un support émotif crucial et l’aide à travailler son « discours intérieur » pour préserver sa confiance en elle dans les périodes difficiles de son démarrage d’entreprise.

À ne pas manquer la semaine prochaine:

Mon entrevue avec Isabelle Moïse, d’iMoïse Conseil, consultante en marketing événementiel à son compte depuis 1 an. Comme elle est personnellement, en quelque sorte, son propre « produit », on abordera entre autres la question de la gestion des émotions et des énergies pour pouvoir durer tout au long du « marathon » sur la route des affaires.

Donc, c’est un rendez-vous!

Karina Brousseau, éditrice du blogue

Un démarrage d’entreprise haut en émotions

Les émotions sont-elles un frein à la performance ou sont-elles plutôt un levier incroyable à la créativité? Des émotions, positives ou négatives, jalonnent tout le parcours entrepreneurial. Sur le blogue Le feu sacré, tout au long du mois de mai, j’aborderai la question du spectre des émotions ressenties par les entrepreneurs en démarrage d’entreprise. Cette semaine, c’est Andry Lant Rakoto, CEO des produits fins Marclan, qui se confie sur la délicate question. Pour cette jeune entrepreneure, le support émotif est tout aussi nécessaire que le support technique pour réussir en affaires.



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Des sentiments surprenants

Il y a à peine 5 ans, elle quittait Madagascar pour immigrer au Québec.
Depuis qu’elle a démarré son entreprise
Marclan en 2014, Andry Lant Rakoto a connu des hauts et des bas.
Elle a « pivoté » quelques fois, elle a connu des périodes de « vaches maigres », elle s’est engagée dans plusieurs nouvelles relations d’affaires, etc. Les défis de réseautage et de développement de marchés ne manquent pas. 

Les choses sont désormais stabilisées. Elle affronte l’avenir avec confiance, très fière du chemin parcouru jusqu’à présent. Épouse engagée et mère de 2 enfants en bas âge, elle a par ailleurs appris à ne rien prendre pour acquis et à gérer ses émotions en privé.

« Il faut beaucoup d’humilité quand on démarre en affaires. Cela affecte l’évaluation de notre propre travail dans le cadre du développement de notre entreprise, de son évolution ou de l’état d’esprit avec lequel on l’exécute », explique Andry. 

« Mon impatience, c’est ce que j’ai le plus de difficulté à gérer au quotidien. Il faut apprendre à laisser le temps faire son oeuvre. Et, le sentiment d’impuissance, c’est peut-être l’émotion qui m’a le plus surprise jusqu’à présent. C’est d’autant plus difficile à vivre dans les débuts, quand on vit de la solitude et qu’il faut s’encourager soi-même. C’est connu, les gens de l’extérieur attendent les résultats avant de nous donner des « tapes » dans le dos… » poursuit-elle.

Dans l’oeil du dragon, à côté des émotions

Le financement de notre projet d’entreprise fait partie de ces « tapes » dans le dos. Le cautionnement de notre stratégie par des investisseurs reconnus a un effet très motivant. Les émissions de télévision portant sur le financement de startups telles que Dans l’oeil du dragon connaissent actuellement une popularité incontestable auprès du grand public et nourrissent une image très positive des fondateurs d’entreprises. Démarrer en affaires n’aura jamais été aussi « glamour »! 

Ces émissions ont le mérite de vulgariser les processus de démarrage d’entreprise, de démystifier les différents modèles d’affaires et de mettre sur la sellette des entrepreneurs audacieux.

Cependant, le format de ces programmes peut toutefois minimiser l’impact des blessures entrepreneuriales.

« Ces émissions n’abordent pas le côté émotif des entrepreneurs. Qu’en est-il de l’état psychologique et émotif des entrepreneurs suite à l’abandon du projet par les investisseurs ou suite au refus « public » du financement de leur projet? L’émission n’en témoigne pas… La façon dont les entrepreneurs gèrent leurs émotions suite à des échecs aura pourtant des répercussions importantes sur la poursuite ou l’abandon de leur parcours entrepreneurial», déplore Andry.

Travailler son discours intérieur

On dit qu’il est impossible de prédire un succès d’affaires car chaque situation est unique et complexe. Cependant, on part toujours du principe qu’on va réussir, surtout si on a toujours réussi avant. Ce sentiment de confiance évolue parfois en un sentiment de toute-puissance. En contre-partie, quand on se sent ainsi, on tombe de plus haut!
Tout est une question d’attentes. L’intensité des émotions ressenties par les entrepreneurs est toujours proportionnellement reliée au niveau d’atteinte de leurs objectifs.

Pour Andry, la prudence « émotive » est donc de mise. De plus, elle revendique haut et fort le droit à l’erreur. 

« Je tente de préserver mon égo et de nourrir ma confiance en moi. Les mots que l’on s’adresse ont leur importance. Par exemple, se dire « j’ai essayé » n’a pas la même résonance sur le moral que de se dire « je me suis trompée ». Mon mentor d’affaires m’apporte une aide cruciale pour travailler mon discours intérieur», confie-t-elle.

Mettre les bons mots sur les émotions ressenties n’est vraiment pas facile. Pourtant, verbaliser pour mieux se comprendre et mieux communiquer est essentiel afin de pouvoir diriger nos énergies au bon endroit.

« …un peu comme des panneaux indicateurs sur le bord de la route! », illustre Andry.

L’entrepreneur et son cercle affectif

Que ce soit dans notre noyau familial ou avec nos partenaires d’affaires (le « cercle affectif » de l’entrepreneur), l’énergie et la confiance qui se dégagent de nous ont un impact important sur les proches. Il est donc capital d’adopter une discipline de vie propice au bien-être, où les règles et les impératifs rattachés à notre entreprise et les sentiments harmonieux sont en équilibre.

Elle s’explique:

« Le cercle affectif est crucial dans l’équilibre mental de l’entrepreneur. En période de doute, on a généralement moins d’assurance et ça nous ralentit. Et l’assurance, c’est le liant entre les 2 moitiés du cercle affectif. Nos problèmes personnels et notre fatigue ne devraient pas affecter notre business. À l’inverse, les problèmes de l’entreprise ne devraient pas être ramenés à la maison. La force de l’entrepreneur est de savoir faire la part des choses, de créer une séparation entre la vie personnelle et l’entreprise, et de pratiquer un certain détachement pour atteindre un meilleur équilibre. Ce n’est pas toujours possible, bien entendu, mais c’est un idéal à atteindre, selon moi.»


À ne pas manquer la semaine prochaine:

Frédéric René, co-fondateur de Likisoft, nous parle de somatisation: comment son corps trahit parfois son état d’esprit et le fait mentir sur sa capacité à toujours bien gérer son stress!

Donc, c’est un rendez-vous!

Karina Brousseau, éditrice du blogue