Marketing sociétal: S’impliquer, donner, même en période de démarrage de son entreprise?

On a parfois l’impression que l’implication sociale ne fait pas partie des priorités d’affaires, particulièrement en période de démarrage d’entreprise. J’aborderai, tout au long du mois d’août, la thématique du marketing sociétal et de l’implication sociale avec 3 jeunes entrepreneurs sur le blogue Le feu sacré.

Cette semaine, je m’entretiens avec Andry Lant Rakoto, fondatrice de Marclan, une entreprise distributrice de produits fins de Madagascar. Pour elle, le manque de temps, les liquidités limitées et les impératifs impondérables d’une entreprise naissante limitent, effectivement, souvent l’implication des jeunes entrepreneurs. Mais il est cependant toujours possible de faire sa part en tant que citoyen corporatif, peu importe la taille de son entreprise. 


marketing sociétal

Aider à la hauteur de nos moyens

Participer au développement d’une économie durable, sensibiliser ses clients, modifier les habitudes de consommation pour le bénéfice collectif, faire des dons corporatifs, est-ce l’apanage des grandes sociétés établies?

Pour Andry Lant Rakoto, fondatrice de Marclan, une jeune entreprise distributrice de produits fins de Madagascar établie au Québec depuis à peine plus d’un an, le stade de développement de son entreprise importe peu. Quand on veut s’impliquer, on le fait!

L’implication peut prendre différentes formes, mais quoi qu’il en soit, tous les gestes, petits et grands, comptent!

Au niveau des tactiques promotionnelles, des actions peuvent être posées pour aider, malgré des moyens financiers limités.

« À plus petite échelle, il est toujours possible de participer à des levées de fonds en achetant des billets de tirage ou autres, de réserver des petits encarts publicitaires dans des publications de causes caritatives comme des calendriers, de donner des paniers de produits destinés à des événements spéciaux. On a rarement les mains réellement vides! » mentionne Andry.

S’il n’est pas encore possible pour Marclan de commanditer de façon importante des événements ou causes caritatives, c’est au niveau de la chaîne de distribution que les efforts sont concentrés. Le choix des fournisseurs est, pour la fondatrice, tout aussi crucial dans l’établissement d’une stratégie marketing et contribue à faire une différence marquée.

« Chez Marclan, je me fais un devoir de collaborer avec des fournisseurs malgaches qui pratiquent le commerce équitable, assurent la traçabilité des produits que j’importe, et valorisent la protection de l’environnement et le développement durable. Je fais affaires avec des producteurs certifiés bio, qui n’utilisent jamais de produits chimiques. C’est important pour moi de partager ces valeurs cruciales avec mes partenaires. Aussi, mes fournisseurs sont pratiquement tous issus d’ONG et participent eux-aussi à des causes, particulièrement celles visant l’amélioration du niveau de vie de leur communauté. En bout de ligne, les efforts de tous et chacun sont donc soutenus», ajoute Andry.

Un marketing opportuniste?

« Tout est une question d’intention. Je n’ai jamais perçu de réel opportunisme dans l’adoption de pratiques marketing sociétales. Comme dans toute chose, il y a parfois des abus, des incongruences, mais même quand les entreprises impliquées apparaissent « intéressées » à nourrir une image positive, ou semblent avoir des visées plus « communicationnelles», force est d’admettre que leur implication est tout de même aidante et souvent essentielle pour les organismes bénéficiant de leur appui. C’est important aussi d’encourager une culture de dons et de mécénat dans les milieux d’affaires», renchérit-elle.

Le leg de nos valeurs

Est-ce que le background des entrepreneurs influe beaucoup dans leur propension à s’impliquer via les activités de leur entreprise?

Assurément!

Le fait d’avoir baigné dans un contexte de bénévolat, et-ou à l’inverse, d’avoir pu profiter soi-même de support de la part d’un organisme bienfaiteur au cours de sa vie, révèlent souvent la fibre caritative chez les entrepreneurs. Le cas d’Andry n’y fait pas exception.

L’entraide est une valeur familiale profondément ancrée chez elle. Son don de soi est hérité entre autres de son grand-père, engagé depuis plus de 50 ans dans sa communauté. Ce dernier a même mis sur pied, à Madagascar, la Fondation Ana. Cette fondation construit des écoles, nourrit les élèves du village natal de son père et veille au partage équitable des ressources. C’est sans surprise qu’elle compte donc, à son tour, s’adonner à la philanthropie, dès qu’elle le pourra.

« À défaut de donner de l’argent, il est toujours possible de donner du temps aussi! Ici au Québec, plusieurs causes nobles m’interpellent, mais plus particulièrement celle du Club des petits déjeuners, qui poursuit des objectifs similaires à ceux de Grand-Papa. Puis, il y a aussi l’option de faire du coaching d’affaires auprès des organismes », mentionne-t-elle.


Vous pourriez aussi aimer:

Le prix des vacances: Isabelle Moïse, travailleuse autonome depuis à peine un an, se confie sur l’art de conjuguer périodes de repos et business. Cette entrevue est publiée dans le cadre du dossier spécial Finances sur le blogue Le feu sacré.

À ne pas manquer mardi prochain:

Mon entrevue avec Frédéric René, co-fondateur de Liki, une startup de Montréal en commerce électronique. L’implication sociale de l’entreprise est l’occasion d’encourager les causes les plus chères à ses employés.

Donc, c’est un rendez-vous!

Karina Brousseau, éditrice

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La dictature du bonheur en affaires

L’importance de l’apport du mentorat, du coaching et des conseillers en affaires semble faire l’unanimité: tous s’entendent pour dire que l’obtention d’aide extérieure est essentielle dans le parcours entrepreneurial. Les chances de survie et la longévité d’un entrepreneur dans l’arène des affaires seraient multipliées grâce à la consultation d’un expert impartial. Encore faut-il bien identifier nos objectifs pour aller chercher le bon « input » et savoir distinguer les types d’intervenants appropriés pour nos démarches (mentor, coach, consultant & conseiller).
Comme
 nouvelle thématique du blogue Le feu sacré et pour faire le pont avec notre dossier spécial du mois de mai qui portait sur les émotions en démarrage d’entreprise, j’aborde en juin la question du mentorat d’affaires et du coaching de vie personnelle et professionnelle.  

Cette semaine, je vous présente mon entrevue avec Marie-Claude Élie-Morin, qu’on a pu voir dans les médias en avril 2015 à l’occasion de la sortie de son premier essai, La dictature du bonheur, paru aux Éditions VLB.


Marie-Claude Élie-Morin

Crédits photo: Mathieu Rivard

Tantôt journaliste-pigiste, scénariste documentaire, auteure ou chroniqueuse, Marie-Claude Élie-Morin comprend très bien les aléas émotionnels que vivent les entrepreneurs, étant elle-même à son compte depuis ses débuts médiatiques.

Ayant vécu des moments très difficiles suite aux deuils simultanés de son père et de sa relation amoureuse à la fin 2012, elle a été confrontée à ses limites et est allée chercher de l’aide extérieure pour y voir plus clair dans sa vie. Avec tous ces bouleversements, elle souhaitait mieux cerner ses priorités et les valeurs sur lesquelles elle allait désormais se concentrer pour redonner un sens à son parcours personnel et professionnel.

« Toutes les ressources ne sont pas toujours en nous » et il est parfois utile d’aller chercher une aide ou une écoute extérieure. Il existe toutefois une immense pression sociale, constate-t-elle, pour « performer » et afficher un bonheur épanoui. Les réseaux sociaux amplifient ce phénomène, car nous avons l’impression qu’il faut toujours se présenter sous son meilleur jour : pas beaucoup de place pour l’imperfection ! Il faut faire attention à ce « piège du bonheur », nous dit Marie-Claude. 

Elle en témoigne dans son ouvrage: « L’industrie des coachs de vie, du développement personnel et du self-help est plus florissante que jamais. Le bonheur est devenu un impératif, au même titre que la minceur et le succès professionnel. Santé physique, équilibre mental, vie de couple, finances : on met constamment en avant la nécessité d’avoir toujours une attitude volontaire et « positive », parfois au mépris de la réalité. En se faisant constamment répéter que nous sommes les seuls artisans de notre bonheur, il en découle que nous nous sentons aussi coupables de ne pas être « assez » heureux ou de vivre des émotions difficiles. C’est pernicieux et culpabilisant. »

La croissance personnelle, en popularité… croissante!

Tout le monde sait que les aléas en démarrage d’entreprise sont nombreux. Des émotions de joie et de fierté intenses peuvent s’enchaîner avec des déceptions immenses. Le stress et les peurs inconscientes que vivent les entrepreneurs peuvent avoir des répercussions sur leur santé mentale et physique, sur le succès de leur business et toucher leur famille en entier. Quand vient le temps de se relever d’un échec, plusieurs entrepreneurs se remettent en question, commencent à douter d’eux-mêmes. Or, la confiance en soi est un moteur essentiel tout au long du parcours entrepreneurial. Celle-ci est souvent mise à l’épreuve; l’instabilité de l’économie, des marchés, de l’emploi et les défis de gestion ne sont pas étrangers à ces hauts et ces bas émotionnels.

Pas étonnant que le marché de la croissance personnelle soit si lucratif! Selon The Observer (28 décembre 2013), et tel que relaté dans La dictature du bonheur, les ventes d’ouvrages de self-help auraient bondi de 96%, entre 1991 et 1996. Les ventes mondiales de 2014 dépassaient 10 milliards $ en librairie dans la catégorie « croissance personnelle ».

« Aux États-Unis, selon la firme américaine Marketdata, le marché du développement personnel, incluant les livres, DVD et CD de motivation, les ateliers, le coaching personnel, la formation dans des instituts spécialisés et les programmes de gestion du stress représentait près de 10 milliards $ en 2011, ayant presque doublé depuis 2000. Dans ce contexte, la Loi de l’attraction, ou l’idée selon laquelle nous pouvons créer notre propre réalité et attirer le succès par nos pensées, s’est frayée un chemin entre les murs des cubicules de l’Amérique du Nord. Les entreprises elles-mêmes contribuent au phénomène en achetant des lots de livres de motivation pour leurs équipes et en embauchant des conférenciers pour venir transmettre l’évangile à leurs employés », rappelle Marie-Claude.

Gare aux charlatans!

Les ateliers de croissance personnelle, les conférences de développement de soi et les coachs de vie peuvent permettre de briser l’isolement des entrepreneurs et peuvent contribuer à une conscientisation améliorée de leurs émotions. Sans dénigrer l’ensemble des intervenants proposant des services d’accompagnement dans le cheminement personnel et entrepreneurial, Marie-Claude Élie-Morin met cependant en garde les entrepreneurs contre les intrus de l’industrie du coaching de vie.

À cause de l’état parfois vulnérable des gens au moment où ils vont chercher un support extérieur, il lui apparaît pour le moins prudent de se renseigner en profondeur, en amont, sur les différentes approches préconisées par les motivateurs et les coachs sollicités telle que la programmation neuro-linguistique aussi appelée PNL, d’établir ses limites quand au pouvoir qu’on souhaitera laisser à ces derniers dans l’éventualité d’un coaching, et d’avoir des attentes réalistes sur les retombées de notre démarche.

« Il y a beaucoup de charlatans dans ce domaine, notamment une puissante tendance vers la « pensée positive » et « la loi de l’attraction », ce qui me donne de l’urticaire. Les coachs peuvent nous aider à clarifier nos objectifs en établissant un plan d’action réaliste avec nous, mais je me tiendrais loin de quiconque promet de transformer votre vie ou de vous rendre millionnaire avec une formule magique. Il ne suffit pas de visualiser le succès pour créer une entreprise ou mener un projet à bien; il faut identifier les obstacles qui se dressent devant nous de manière réaliste et se préparer à y faire face. C’est normal d’éprouver des moments d’insécurité, de doute et de découragement lorsqu’on développe un projet. J’en sais quelque chose! Un bon coach ou un bon mentor saura entendre nos fragilités et nous faire voir nos forces sans tenir un discours « positif à tout prix ». Parfois, ce qui est le plus rassurant, c’est de découvrir que tout le monde passe par les même émotions désagréables ou difficiles quand ils essaient de se lancer en affaires…Pour moi, le fait d’apprendre que c’était possible de me mettre en action ou de prendre des décisions tout en me sentant vulnérable a été incroyablement bienfaisant », avise-t-elle.cover la dictature du bonheur

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À ne pas manquer la semaine prochaine:

Mon entrevue avec Andry Lant Rakoto, CEO des produits fins Marclan. Elle collabore depuis peu avec un mentor d’affaires qui l’aide à trier tous les aspects prioritaires de son développement de marché et lui apporte un support essentiel pour un meilleur « savoir-être » en affaires.

Donc, c’est un rendez-vous!

Karina Brousseau, éditrice

 

50 NUANCES ÉMOTIVES DES ENTREPRENEURS

Solange Côté, ASC

Solange Côté, ASC

« N’oublions pas que les petites émotions sont les grands capitaines de nos vies et qu’à celles-là nous y obéissons sans le savoir. » Vincent Van Gogh

Le philosophe René Descartes (1596 – 1650) a été l’un des premiers à aborder le sujet des émotions dans son traité Les passions de l’âme. La seule évocation de ce titre campe de façon puissante toute l’importance des émotions dans nos vies. Que nous soyons entrepreneurs, chanteurs ou jongleurs, les émotions modulent nos actions et j’irais jusqu’à dire que pour certaines personnes, elles sont aussi vitales que l’oxygène!

Une question d’étiquette?

Il est souvent inutile d’ouvrir la bouche pour faire savoir ce que l’on pense. Nos émotions parlent pour nous. Plusieurs grands acteurs avouent sans ambages être morts de trac avant de monter sur scène. Le trac dans le monde des émotions c’est de la peur, de l’angoisse. L’étiquette que l’on met sur ce que l’on ressent, change-t-il la réalité? Tout n’a pas été dit sur les émotions, les classifications se raffinent et se peaufinent selon les grands spécialistes du domaine.

J’ai lu dans les 4 derniers articles de ce blogue les termes joie, peine, confiance, crainte et autres. Plus que des mots, ces émotions ont du pouvoir et sont susceptibles de modifier le cours d’une transaction de façon positive ou négative, d’impacter la longévité de l’entreprise ainsi que celle de l’entrepreneur en affaires.

Malsaines, les émotions?

Est-ce que vous avez des émotions ou est-ce que ce sont plutôt vos émotions qui vous ont?

À question sibylline, réponse terre à terre. Apprendre à reconnaître l’émotion ressentie (d’autres diraient apprendre à se connecter à soi) s’avère un pas important dans la connaissance de soi et dans le pouvoir de gérer ce qui est présent, d’adopter le bon comportement, d’éviter ce qui pourrait possiblement être dommageable comme la perte d’un client majeur ou encore des problèmes de santé (burn-out, ulcères d’estomac, etc.).

Si votre pouls augmente de façon inconsidérée et que votre cœur bat la chamade face à votre conjoint(e), vous n’en ferez pas la même lecture que si les mêmes symptômes se manifestent face à un client qui contesterait une entente et qui vous traiterait de tous les noms. Pas question ici de faire du déni, ni de revêtir votre habit de teflon. Dans cet exemple-ci, la colère est présente, la contrariété également et plus encore. Libre à vous de répliquer en utilisant votre répertoire exotique ou de demeurer stoïque et de vous serrer les poings.

Les émotions existent et s’accompagnent la plupart du temps de signes physiques comme le ferait un thermomètre. Frédéric René a d’ailleurs témoigné à cet effet dans l’article Le corps, ce partenaire d’affaires capricieux. Si vous n’en dormez plus la nuit, que l’arrivée du relevé bancaire vous stresse et que vous sursautez au simple battement d’ailes d’un papillon, voilà autant d’indicateurs vous recommandant fortement de « prendre soin de l’entrepreneur en vous ».

Quand on démarre son entreprise, on vit plusieurs nouvelles expériences qui génèrent nécessairement des émotions nouvelles également. Ainsi, la première fois qu’une charge émotive s’empare de vous, il est normal d’être décontenancé. Que l’expérience soit plus ou moins excitante ou contrariante, les émotions de la première fois se nuancent avec le temps. Des situations semblables se répéteront et la répétition du phénomène, sans faire disparaître les émotions, les rendra plus « gérables ». Reconnaître ce qui est présent, analyser la situation de façon impartiale, avoir quelqu’un avec qui parler (un mentor, un coach, une personne de confiance) sont autant d’outils possibles.

« Prendre soin de l’entrepreneur en vous », c’est également une question d’hygiène de vie. Parfois, il faut mettre les bouchées doubles, rogner sur les heures de sommeil, faire sa comptabilité les fins de semaine, mais se garder des plages de récupération est essentiel à la réussite. Pour reprendre l’analogie de Karina Brousseau dans sa dernière entrevue avec Isabelle Moïse, le « marathonien » ne court pas de la même façon que le sprinter. En qualité de marathonien des affaires, les entrepreneurs doivent doser leurs efforts.

Un équilibre émotif fragile

Les trois entrepreneurs suivis dans ce blogue ainsi que Mélanie Heyberger, nouvelle participante, ont fait montre d’une très grande générosité en s’ouvrant avec autant d’honnêteté et de lucidité sur la présence des émotions dans le cycle de vie de leur entreprise. Conscients des émotions ressenties, ils font tout pour ne pas se laisser happer par celles-ci, signe éminent de maturité et également d’équilibre.

Et pourtant, il suffira d’un geste ou d’un mot pour qu’une nouvelle charge d’émotions bouleverse ce bel équilibre….

« Prendre soin de l’entrepreneur en vous », c’est une question d’équilibre à protéger au quotidien…


À ne pas manquer la semaine prochaine:

Nouvelle thématique sur le blogue Le feu sacré: le coaching et le mentorat d’affaires en démarrage d’entreprise. Un sujet qui rejoindra assurément un grand nombre d’entrepreneurs.

Pour débuter sur la question, je vous présenterai mon entrevue avec Marie-Claude Élie-Morin, journaliste et auteure du livre La dictature du bonheur. On abordera la question de la dictature du bonheur en affaires et le rôle discutable des coachs de vie personnelle et professionnelle.

Également, tout au long du mois de juin, les 3 entrepreneurs suivis dans ce blogue se confieront sur le rapport qu’ils entretiennent avec leur mentor, les limites qu’ils s’imposent ou non dans le dévoilement de leurs activités d’affaires ou leurs états d’âmes avec eux, leur rapport à la critique, etc.

Donc, c’est un rendez-vous!

Karina Brousseau, éditrice

 

Dans l’ascenseur émotionnel d’une jeune entrepreneure

Mélanie Heyberger

Mélanie Heyberger

Lorsqu’on dit qu’on se lance en affaires, la réaction des gens est souvent admirative et suivie d’un « tu es tellement courageuse, moi je n’oserai pas! ». Quitter sa zone de confort n’est certes pas inné pour tout le monde et quand on fait le grand saut, il est important de réaliser à quel point il faudra s’accrocher. Il y a maintenant 8 mois, je me suis lancée et je suis devenue entrepreneure. J’ai démarré Le coffret de Rachel, qui a pour mission de remettre de la vie dans la garde-robe des femmes grâce à un accessoire indispensable : le collant! Je vous partage aujourd’hui mes impressions sur cet « ascenseur émotionnel » dans lequel je me suis embarquée avec mes deux précieuses associées.

Incertitude, impatience, excitation : Le pré-démarrage

Lorsque l’idée est née, les émotions les plus difficiles à canaliser étaient l’impatience et l’excitation. Je voulais absolument que ça aille vite sans être totalement consciente à quel point il faut du temps et à quel point l’étape de la validation de marché est cruciale! En effet, si personne ne voulait de notre produit, c’était du temps, de l’énergie et de l’argent gaspillés!

Durant cette période, il m’est aussi souvent arrivé d’être gênée ou insécure. Ça m’arrivait surtout lorsque je savais que j’allais être confrontée au jugement d’experts, à leurs critiques. Tant que la validation de marché n’était pas complétée, je vivais constamment ce sentiment d’incertitude et je manquais de confiance en mon idée.

Le lancement

Juste avant le Jour J du lancement de notre entreprise, je me suis familiarisée avec les insomnies. N’étant pas stressée de nature, cette anxiété, cette fébrilité nouvelle m’a fait réaliser à quel point j’avais ce projet à cœur et combien je voulais qu’il fonctionne. C’était un stress positif, stimulant et motivant. Le tout était de savoir le gérer!

Mon conseil à tous les nouveaux entrepreneurs lorsqu’ils dévoilent leur nouveau concept sur le marché: ne pas se laisser emporter par l’effet du « buzz médiatique ». Même s’il est très encourageant, il faut savoir vite redescendre sur terre et… livrer ses promesses!

En ce qui nous concerne, notre lancement a connu un très beau succès, mais la plus grosse partie du travail reste à venir. Il faut maintenant mettre les bouchés doubles et être à la hauteur des attentes. Le tout sans oublier de faire des pauses de temps en temps, accessoirement!

Et depuis?

…beaucoup d’interrogations! On observe ce qui va et ce qui ne va pas, on parle au monde et on s’adapte. J’ai appris qu’être flexible et ouverte sont des qualités indispensables pendant le développement des affaires. Même si on n’en a pas toujours envie, c’est important d’écouter les critiques et de les voir comme constructives. Il faut garder en tête que c’est en faisant des erreurs qu’on apprend et qu’on s’améliore!

Depuis les débuts officiels, mes partenaires et moi nous sommes ajustées et avons « pivoté » plusieurs fois. On a pris, entre autres, l’importante décision de changer notre site web et d’adapter notre offre. C’est vraiment satisfaisant de recevoir désormais des commentaires positifs et de se rendre compte du chemin qu’on a parcouru en si peu de temps.

Il nous est souvent arrivé de rentrer le soir, découragées, avec le sentiment de pas avoir avancé. On s’est demandé chaque fois comment le temps avait fait pour passer aussi vite! On a encore parfois du mal à quantifier l’impact de notre travail au jour le jour, parce que les résultats ne se voient pas toujours immédiatement.

Je suis en train de comprendre qu’il est important de valoriser nos progrès. Chaque accomplissement, qu’il soit petit ou plus important, mérite d’être mis de l’avant. Quoi de plus motivant pour nous pousser à faire encore mieux?

Les commentaires pertinents, les encouragements et les félicitations provenant de l’extérieur de l’entreprise ont toujours des impacts très positifs sur notre état d’esprit. On a parfois (souvent) besoin d’être rassuré. Les bons mots nous permettent d’acquérir plus de confiance et d’aller plus loin.

Aujourd’hui, je suis encore plus stimulée et excitée par mon entreprise qu’au premier jour. Il m’arrive encore de me réveiller en pleine nuit (j’ai d’ailleurs opté pour le cahier et le stylo à côté du lit pour ne pas perdre mes bonnes idées!). J’apprends petit à petit à gérer mes émotions, à ne pas m’emballer trop rapidement, à ne pas être trop impatiente ou à m’éparpiller.

L’importance de mon équipe

J’ai la chance d’avoir deux associées extraordinaires avec qui je peux tout partager. Elles ont pris une place très importante dans mon épanouissement professionnel et personnel.

Nos trois caractères et nos façons de réagir très complémentaires font clairement notre force. À titre d’exemple, le côté plus terre à terre de l’une va me permettre de me recadrer, me tempérer. Puis, le caractère plus émotif de l’autre va rendre l’aventure encore plus humaine et me motiver chaque jour. Mais, au delà des traits de caractères, les émotions vécues par chacune au quotidien déteignent très rapidement sur celles des autres. Elles ont des répercussions sur notre façon de travailler ensembles et sur notre plaisir à faire équipe. Nous apprenons chaque jour à conjuguer nos élans émotionnels respectifs et à s’en servir comme levier.  C’est sans aucun doute un des apprentissages les plus indispensables pour un entrepreneur!


Vous pourriez aussi aimer:

Un démarrage haut en émotions: mon entrevue avec Andry Lant Rakoto, généreuse et transparente. Elle se confie sur les hauts et les bas vécus lors du lancement de son entreprise Marclan, les émotions qui l’ont le plus étonnée, l’importance du discours intérieur qu’elle entretient et son « cercle affectif ».

Le corps, ce partenaire d’affaires capricieux: Mon entrevue avec Frédéric René, co-fondateur de LikiSoft, avec qui j’aborde la question du contrôle du stress et des émotions en démarrage d’entreprise. Il nous sensibilisera, entre autres, à la notion de somatisation.

Des émotions qui propulsent les affaires: Isabelle Moïse, consultante en marketing événementiel, est en quelque sorte son propre produit. Seule à la barre, il est d’autant plus crucial pour elle de se connecter en tout temps avec ses émotions et d’être outillée à faire face à toute éventualité, notamment lors des échecs. Un témoignage fort utile pour tous les entrepreneurs, ces « marathoniens » sur la route des affaires!

À ne pas manquer ce jeudi:

Solange Côté, ASC une mentor d’expériences nous donne son point de vue sur les émotions à l’heure du démarrage d’entreprise.

Donc c’est un rendez-vous!

Karina Brousseau, éditrice du blogue Le feu sacré 

Un démarrage d’entreprise haut en émotions

Les émotions sont-elles un frein à la performance ou sont-elles plutôt un levier incroyable à la créativité? Des émotions, positives ou négatives, jalonnent tout le parcours entrepreneurial. Sur le blogue Le feu sacré, tout au long du mois de mai, j’aborderai la question du spectre des émotions ressenties par les entrepreneurs en démarrage d’entreprise. Cette semaine, c’est Andry Lant Rakoto, CEO des produits fins Marclan, qui se confie sur la délicate question. Pour cette jeune entrepreneure, le support émotif est tout aussi nécessaire que le support technique pour réussir en affaires.



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Des sentiments surprenants

Il y a à peine 5 ans, elle quittait Madagascar pour immigrer au Québec.
Depuis qu’elle a démarré son entreprise
Marclan en 2014, Andry Lant Rakoto a connu des hauts et des bas.
Elle a « pivoté » quelques fois, elle a connu des périodes de « vaches maigres », elle s’est engagée dans plusieurs nouvelles relations d’affaires, etc. Les défis de réseautage et de développement de marchés ne manquent pas. 

Les choses sont désormais stabilisées. Elle affronte l’avenir avec confiance, très fière du chemin parcouru jusqu’à présent. Épouse engagée et mère de 2 enfants en bas âge, elle a par ailleurs appris à ne rien prendre pour acquis et à gérer ses émotions en privé.

« Il faut beaucoup d’humilité quand on démarre en affaires. Cela affecte l’évaluation de notre propre travail dans le cadre du développement de notre entreprise, de son évolution ou de l’état d’esprit avec lequel on l’exécute », explique Andry. 

« Mon impatience, c’est ce que j’ai le plus de difficulté à gérer au quotidien. Il faut apprendre à laisser le temps faire son oeuvre. Et, le sentiment d’impuissance, c’est peut-être l’émotion qui m’a le plus surprise jusqu’à présent. C’est d’autant plus difficile à vivre dans les débuts, quand on vit de la solitude et qu’il faut s’encourager soi-même. C’est connu, les gens de l’extérieur attendent les résultats avant de nous donner des « tapes » dans le dos… » poursuit-elle.

Dans l’oeil du dragon, à côté des émotions

Le financement de notre projet d’entreprise fait partie de ces « tapes » dans le dos. Le cautionnement de notre stratégie par des investisseurs reconnus a un effet très motivant. Les émissions de télévision portant sur le financement de startups telles que Dans l’oeil du dragon connaissent actuellement une popularité incontestable auprès du grand public et nourrissent une image très positive des fondateurs d’entreprises. Démarrer en affaires n’aura jamais été aussi « glamour »! 

Ces émissions ont le mérite de vulgariser les processus de démarrage d’entreprise, de démystifier les différents modèles d’affaires et de mettre sur la sellette des entrepreneurs audacieux.

Cependant, le format de ces programmes peut toutefois minimiser l’impact des blessures entrepreneuriales.

« Ces émissions n’abordent pas le côté émotif des entrepreneurs. Qu’en est-il de l’état psychologique et émotif des entrepreneurs suite à l’abandon du projet par les investisseurs ou suite au refus « public » du financement de leur projet? L’émission n’en témoigne pas… La façon dont les entrepreneurs gèrent leurs émotions suite à des échecs aura pourtant des répercussions importantes sur la poursuite ou l’abandon de leur parcours entrepreneurial», déplore Andry.

Travailler son discours intérieur

On dit qu’il est impossible de prédire un succès d’affaires car chaque situation est unique et complexe. Cependant, on part toujours du principe qu’on va réussir, surtout si on a toujours réussi avant. Ce sentiment de confiance évolue parfois en un sentiment de toute-puissance. En contre-partie, quand on se sent ainsi, on tombe de plus haut!
Tout est une question d’attentes. L’intensité des émotions ressenties par les entrepreneurs est toujours proportionnellement reliée au niveau d’atteinte de leurs objectifs.

Pour Andry, la prudence « émotive » est donc de mise. De plus, elle revendique haut et fort le droit à l’erreur. 

« Je tente de préserver mon égo et de nourrir ma confiance en moi. Les mots que l’on s’adresse ont leur importance. Par exemple, se dire « j’ai essayé » n’a pas la même résonance sur le moral que de se dire « je me suis trompée ». Mon mentor d’affaires m’apporte une aide cruciale pour travailler mon discours intérieur», confie-t-elle.

Mettre les bons mots sur les émotions ressenties n’est vraiment pas facile. Pourtant, verbaliser pour mieux se comprendre et mieux communiquer est essentiel afin de pouvoir diriger nos énergies au bon endroit.

« …un peu comme des panneaux indicateurs sur le bord de la route! », illustre Andry.

L’entrepreneur et son cercle affectif

Que ce soit dans notre noyau familial ou avec nos partenaires d’affaires (le « cercle affectif » de l’entrepreneur), l’énergie et la confiance qui se dégagent de nous ont un impact important sur les proches. Il est donc capital d’adopter une discipline de vie propice au bien-être, où les règles et les impératifs rattachés à notre entreprise et les sentiments harmonieux sont en équilibre.

Elle s’explique:

« Le cercle affectif est crucial dans l’équilibre mental de l’entrepreneur. En période de doute, on a généralement moins d’assurance et ça nous ralentit. Et l’assurance, c’est le liant entre les 2 moitiés du cercle affectif. Nos problèmes personnels et notre fatigue ne devraient pas affecter notre business. À l’inverse, les problèmes de l’entreprise ne devraient pas être ramenés à la maison. La force de l’entrepreneur est de savoir faire la part des choses, de créer une séparation entre la vie personnelle et l’entreprise, et de pratiquer un certain détachement pour atteindre un meilleur équilibre. Ce n’est pas toujours possible, bien entendu, mais c’est un idéal à atteindre, selon moi.»


À ne pas manquer la semaine prochaine:

Frédéric René, co-fondateur de Likisoft, nous parle de somatisation: comment son corps trahit parfois son état d’esprit et le fait mentir sur sa capacité à toujours bien gérer son stress!

Donc, c’est un rendez-vous!

Karina Brousseau, éditrice du blogue