Entrepreneuriat et bénévolat: tout pour faire une différence!

« Faire une différence »: en affaires comme pour la cause, c’est souvent ce qui motive les entrepreneurs à se lancer.

Tout au long du mois d’août, je m’intéresse à la question de l’implication sociale des jeunes entrepreneurs en démarrage d’entreprise. Cette semaine j’interviewe Isabelle Moïse, nouvellement à son compte comme consultante en événementiel, marketing et communications. Son entreprise iMoïse Conseil ne s’implique pas encore dans la communauté, ne fait pas de marketing sociétal non plus. Mais, comment pourrait-on réellement dissocier l’entreprise de sa seule représentante?


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Isabelle Moïse, travailleuse autonome, s’implique depuis toujours. La santé en général, plus précisément celle des enfants, l’aide humanitaire, l’intégration et la culture sont les causes qui la mobilisent davantage.

Elle a, entre autres, passé les dix dernières années au sein du comité Lueur d’Espoir au profit de la Fondation de l’Hôpital Ste-Justine dont les 3 dernières comme présidente du comité.

Même depuis qu’elle est à son compte, elle accorde en moyenne 25h par mois aux organismes caritatifs qui lui sont chers. Cette implication peut augmenter à 40h par mois en « période de pointe ».

Il devient donc capital pour elle de conserver une balance entre son temps bénévole et son temps rémunéré.

« Mais je ne suis pas un cas d’exception! Je suis moi-même fascinée par l’énergie que les gens peuvent déployer pour une cause, quelle qu’elle soit. J’ai souvent côtoyé des bénévoles entrepreneurs ou travailleurs autonomes qui n’ont pas une minute à eux, vu de l’extérieur. Comme quoi on peut toujours trouver du temps pour ce qui nous tient vraiment à coeur!»

Avoir un impact

À l’heure de l’implication sociale, les motivations des bénévoles sont souvent les mêmes que les jeunes entrepreneurs en démarrage: sentir que leur apport va être utile et apprécié par leur communauté, aura un réel impact pour l’avancement d’une science, d’une industrie, aidera concrètement des gens et surtout, fera une différence!

Malgré la nature de ses mandats professionnels, Isabelle Moïse n’a par ailleurs jamais senti que ses activités bénévoles n’avaient eu de retombées sur le développement de ses affaires.

« Personne n’est contre la vertu, bien entendu, mais le bénévolat n’a jamais été, en ce qui me concerne du moins, un facteur d’embauche ou un argument pour convaincre des clients de m’accorder des mandats. Je ne fais pas de promotion dans mon porte-folio autour des événements pilotés dans le cadre de mes activités bénévoles, étant donné que ce n’est pas en tant « qu’iMoïse Conseil », que je les ai réalisés », précise-t-elle.

Bénévoles « salariés » VS bénévoles « entrepreneurs »

Au travers l’ensemble de ses activités de bénévolat, Isabelle a souvent eu à recruter des bénévoles. Elle témoigne:

« J’ai vu au fil du temps des différences entre les bénévoles « salariés » par rapport aux bénévoles entrepreneurs. En outre, et surtout lorsque l’organisme jouit d’une bonne visibilité médiatique, beaucoup de bénévoles postulent « pour le CV ». Ça se sent! L’opportunisme et le don de soi n’ont pas la même odeur! Ils n’investissent pas beaucoup de temps et sont plus « intéressés ».
Les bénévoles entrepreneurs, pour leur part, ont besoin de sentir un impact palpable, à très court terme. Il ne faut pas que ça niaise! Ils recherchent une implication qui leur permettra d’avoir un sentiment d’accomplissement rapide. La clarté du mandat donné à ces bénévoles et la qualité de l’encadrement de l’organisme offert à ces derniers vont d’ailleurs être déterminants pour la rétention de ce type de participants. »

Trier ses clients

L’inconfort éprouvé à travailler sur certains événements bénéfices (par exemple pour le compte de compagnies aux pratiques controversées, que l’on perçoit nous-mêmes comme réprimandables ) peut être très fort, particulièrement lorsque ceux-ci sont médiatisés et visent l’amélioration de l’image de ces compagnies. Interrogée sur le tri de ses clients, Isabelle rétorque:

« En entreprise, comme salarié, on n’a généralement pas la latitude de refuser de travailler sur un dossier. Si notre patron nous demande de collaborer avec un client à la réputation douteuse, on se tait et on le fait. Mais on n’en pense pas moins. En événementiel, le faste et l’opulence sont souvent affichés d’emblée, même valorisés, pour dégager une image corporative forte et prospère lors de soirées distinguées. Quand on est à son compte, on peut se permettre davantage d’être sensible à l’approche et aux valeurs de nos clients. Il est plus facile de refuser de s’associer ou de servir un client qui nous apparaît comme étant un mauvais citoyen corporatif, pour libérer notre conscience et être en phase avec nos valeurs. »


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S’impliquer, donner, même en période de démarrage?: mon entrevue avec Andry Lant Rakoto, fondatrice de Marclan, spécialisée en distribution de produits fins malgaches.

Start-ups et implication sociale: soutenir les causes chères à ses employés: mon entrevue avec Frédéric René, co-fondateur de Liki, qui offre des solutions de commerce électronique clé-en-main aux marchands.

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Start-ups et implication sociale: soutenir les causes chères à ses employés

S’impliquer, donner, même en période de démarrage d’entreprise, n’est pas chose simple. Cependant, force est d’admettre que les jeunes entrepreneurs sont beaucoup plus engagés qu’on puisse l’imaginer. J’aborde la question cette semaine avec Frédéric René, co-fondateur d’une startup en commerce électronique.


marketing sociétal

Des desseins plus grands que soi

De la santé à la coopération internationale, en passant par le soutien à la Fondation Montréal Inc. envers qui il est redevable d’avoir appuyé son projet d’affaires il y a 3 ans déjà, plusieurs raisons motivent Frédéric René, co-fondateur de la startup Liki, à s’engager sur une base personnelle. Plusieurs causes lui tiennent à coeur et profitent de son implication. Malgré son horaire hyper chargé, il prend même régulièrement le temps de donner du sang à la Croix Rouge. Pour cet entrepreneur, papa de 4 enfants, donner du temps devient d’autant plus engageant que de donner de l’argent.

Dans sa précédente startup, Les enchères Bidou inc., plusieurs enchères de produits ont servi de levée de fonds et ont permis de ramasser près de 30 000$ pour différentes causes (le cancer du sein, le tremblement de terre en Haïti en janvier 2010, etc.).

Mais cette implication ne se transfère pas encore du côté de son entreprise, pour des raisons budgétaires. Il explique:

« Notre compagnie Liki n’est pas encore impliquée comme donatrice, mais je verrais d’un bon oeil que Liki contribue financièrement à des causes, éventuellement, comme le font plusieurs grandes sociétés. Non seulement il existe des crédits d’impôts intéressants pour encourager les entreprises à soutenir des organismes de charité, mais j’aime l’idée que les causes rallient même souvent autour d’elles des entreprises qui sont compétitrices. Ce type d’approche envoie toujours un message fort, où les partenaires laissent tomber « les armes » pour le bien collectif. On a eu un bel exemple récemment, au lancement de la Zone Montréal Inc., où Les caisses Desjardins et la Banque Nationale sont partenaires.»

Tordre des bras

Pour Frédéric, il est important de se sentir libre lorsqu’on participe à une cause. En tant que patron, jamais il ne se permettrait de solliciter des fournisseurs, des partenaires ou ses employés pour des dons ou pour une participation en temps à une cause qu’il soutient personnellement.

« J’aurais peur qu’ils se sentent obligés, mal à l’aise. Par contre, si les employés décidaient d’eux même de soutenir une cause, j’aborderais assurément dans le même sens qu’eux. Je pense que le fait de se rallier dans une activité caritative peut engendrer une série d’impacts positifs sur l’équipe, en plus d’aider l’organisme sélectionné », ajoute-t-il.

Questions de principes

L’implication peut prendre plusieurs visages. Au même titre « qu’acheter, c’est voter », l’éthique de travail et les principes d’affaires que l’on applique, au quotidien, sont aussi une façon de faire une différence dans notre communauté, dans notre société.

« On ne contrôle pas toujours tout, mais à partir du moment où je suis informé de la mauvaise réputation d’un détaillant ou d’un fournisseur, comme citoyen corporatif, je ne fais plus affaires avec lui.
Je n’irais pas en impartition à l’étranger non plus, pour le développement de nos services chez Liki. Il y a une série de choix tout au long du parcours d’affaires qui peuvent contribuer, de près ou de loin, au soutien de causes, de valeurs.
En commerce électronique, il y a beaucoup d’impacts environnementaux au transport des colis individuels et cela n’est pas écologique. L’inscription de Liki à un programme de neutralité carbone n’est pas exclue, éventuellement, pour amortir cet impact», mentionne Frédéric.


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« S’impliquer, donner, même en période de démarrage d’entreprise? » : Mon entrevue avec Andry Lant Rakoto, fondatrice de Marclan. Pour cette jeune entrepreneure Montréalaise d’origine malgache, quand on veut s’impliquer, on le fait, peu importe la taille de son entreprise.

À ne pas manquer mardi prochain:

J’aborderai avec Isabelle Moïse, travailleuse autonome, la question de l’opportunisme souvent rattachée au marketing sociétal ou à l’implication bénévole.

Donc, c’est un rendez-vous!

Karina Brousseau, éditrice

Marketing sociétal: S’impliquer, donner, même en période de démarrage de son entreprise?

On a parfois l’impression que l’implication sociale ne fait pas partie des priorités d’affaires, particulièrement en période de démarrage d’entreprise. J’aborderai, tout au long du mois d’août, la thématique du marketing sociétal et de l’implication sociale avec 3 jeunes entrepreneurs sur le blogue Le feu sacré.

Cette semaine, je m’entretiens avec Andry Lant Rakoto, fondatrice de Marclan, une entreprise distributrice de produits fins de Madagascar. Pour elle, le manque de temps, les liquidités limitées et les impératifs impondérables d’une entreprise naissante limitent, effectivement, souvent l’implication des jeunes entrepreneurs. Mais il est cependant toujours possible de faire sa part en tant que citoyen corporatif, peu importe la taille de son entreprise. 


marketing sociétal

Aider à la hauteur de nos moyens

Participer au développement d’une économie durable, sensibiliser ses clients, modifier les habitudes de consommation pour le bénéfice collectif, faire des dons corporatifs, est-ce l’apanage des grandes sociétés établies?

Pour Andry Lant Rakoto, fondatrice de Marclan, une jeune entreprise distributrice de produits fins de Madagascar établie au Québec depuis à peine plus d’un an, le stade de développement de son entreprise importe peu. Quand on veut s’impliquer, on le fait!

L’implication peut prendre différentes formes, mais quoi qu’il en soit, tous les gestes, petits et grands, comptent!

Au niveau des tactiques promotionnelles, des actions peuvent être posées pour aider, malgré des moyens financiers limités.

« À plus petite échelle, il est toujours possible de participer à des levées de fonds en achetant des billets de tirage ou autres, de réserver des petits encarts publicitaires dans des publications de causes caritatives comme des calendriers, de donner des paniers de produits destinés à des événements spéciaux. On a rarement les mains réellement vides! » mentionne Andry.

S’il n’est pas encore possible pour Marclan de commanditer de façon importante des événements ou causes caritatives, c’est au niveau de la chaîne de distribution que les efforts sont concentrés. Le choix des fournisseurs est, pour la fondatrice, tout aussi crucial dans l’établissement d’une stratégie marketing et contribue à faire une différence marquée.

« Chez Marclan, je me fais un devoir de collaborer avec des fournisseurs malgaches qui pratiquent le commerce équitable, assurent la traçabilité des produits que j’importe, et valorisent la protection de l’environnement et le développement durable. Je fais affaires avec des producteurs certifiés bio, qui n’utilisent jamais de produits chimiques. C’est important pour moi de partager ces valeurs cruciales avec mes partenaires. Aussi, mes fournisseurs sont pratiquement tous issus d’ONG et participent eux-aussi à des causes, particulièrement celles visant l’amélioration du niveau de vie de leur communauté. En bout de ligne, les efforts de tous et chacun sont donc soutenus», ajoute Andry.

Un marketing opportuniste?

« Tout est une question d’intention. Je n’ai jamais perçu de réel opportunisme dans l’adoption de pratiques marketing sociétales. Comme dans toute chose, il y a parfois des abus, des incongruences, mais même quand les entreprises impliquées apparaissent « intéressées » à nourrir une image positive, ou semblent avoir des visées plus « communicationnelles», force est d’admettre que leur implication est tout de même aidante et souvent essentielle pour les organismes bénéficiant de leur appui. C’est important aussi d’encourager une culture de dons et de mécénat dans les milieux d’affaires», renchérit-elle.

Le leg de nos valeurs

Est-ce que le background des entrepreneurs influe beaucoup dans leur propension à s’impliquer via les activités de leur entreprise?

Assurément!

Le fait d’avoir baigné dans un contexte de bénévolat, et-ou à l’inverse, d’avoir pu profiter soi-même de support de la part d’un organisme bienfaiteur au cours de sa vie, révèlent souvent la fibre caritative chez les entrepreneurs. Le cas d’Andry n’y fait pas exception.

L’entraide est une valeur familiale profondément ancrée chez elle. Son don de soi est hérité entre autres de son grand-père, engagé depuis plus de 50 ans dans sa communauté. Ce dernier a même mis sur pied, à Madagascar, la Fondation Ana. Cette fondation construit des écoles, nourrit les élèves du village natal de son père et veille au partage équitable des ressources. C’est sans surprise qu’elle compte donc, à son tour, s’adonner à la philanthropie, dès qu’elle le pourra.

« À défaut de donner de l’argent, il est toujours possible de donner du temps aussi! Ici au Québec, plusieurs causes nobles m’interpellent, mais plus particulièrement celle du Club des petits déjeuners, qui poursuit des objectifs similaires à ceux de Grand-Papa. Puis, il y a aussi l’option de faire du coaching d’affaires auprès des organismes », mentionne-t-elle.


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À ne pas manquer mardi prochain:

Mon entrevue avec Frédéric René, co-fondateur de Liki, une startup de Montréal en commerce électronique. L’implication sociale de l’entreprise est l’occasion d’encourager les causes les plus chères à ses employés.

Donc, c’est un rendez-vous!

Karina Brousseau, éditrice