Financement : des prêts sans risque!

La détermination dont les entrepreneurs en démarrage font preuve m’inspire énormément de respect. Une des questions récurrentes, qui les hante au quotidien et qui mérite certainement l’objet d’une thématique sur le blogue Le feu sacré est sans contredit celle du financement. J’ai voulu mettre en lumières, tout au long du mois de juillet, les efforts des 3 entrepreneurs en démarrage d’entreprise que je suis depuis octobre dernier et leurs démarches dans les dédales de l’échiquier du financement.

Andry Lant Rakoto, fondatrice des produits fins Marclan, nous parle aujourd’hui de ses débuts facilités par certains organismes de subventions, mais également des défis engendrés par les impératifs de financement des grandes institutions bancaires.


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Les banques, partenaires de notre réussite?

Comme plusieurs entrepreneurs, Andry n’a pas hésité à investir ses sous comme mise de fonds au début de son aventure entrepreneuriale. Elle a, de plus, profité de l’aide de Futurpreneur (anciennement connu sous le nom de la Fondation canadienne des jeunes entrepreneurs). En tant que jeune immigrante, elle a aussi bénéficié du support du Fonds Mosaïque favorisant les femmes en affaires.

Cependant, malgré le fait qu’Andry ait un plan d’affaires solide, un mentor chevronné à ses côtés et un carnet de commandes bien rempli, elle n’a pas encore profité de prêts bancaires.

Andry vise le marché de l’alimentation et elle a récemment modifié son plan de commercialisation pour offrir désormais ses produits aux distributeurs.

Pour elle, la question demeure: le financement des activités de démarrage est-il plus facile à trouver que le financement des phases de développement et de croissance de notre entreprise?

Andry en a souvent été témoin, pour elle-même ou pour des homologues. Elle avance:

« Malgré l’impression que peuvent donner les multiples campagnes publicitaires des grandes institutions bancaires vantant leur enthousiasme face à l’entrepreneuriat et promouvant la générosité de leurs programmes de financement des nouveaux projets d’affaires, la réalité en est toute autre!  Au démarrage, les entrepreneurs se butent plus souvent qu’autrement à des refus de financement par ces dernières.
À mon avis, le financement du démarrage devrait être mené par étape du cycle d’avancement de l’entreprise. La preuve de concept n’est que la première étape et dans la plupart des cas, réservée à notre mise de fonds, les subventions et les concours.
Les étapes suivantes seraient la preuve de marché, la croissance et ainsi de suite. Le montage financier devrait ainsi considérer les différentes étapes et cibler les sources de financement adaptées à celles-ci. La vérité, c’est que les banques et les autres bailleurs de fonds classiques prêtent quand la preuve de concept est faite. Jusqu’à temps que les revenus soient suffisamment élevés à « leur goût », les excuses de refus parfois systématiques abondent et sont justifiées suite aux résultats de leurs « modèles d’analyse de risques et probabilités ». On n’y échappe pas ! »

Pas juste une question d’argent

Par ailleurs, il ne s’agit pas seulement de faire arrimer les budgets et les aspirations de rendement des bailleurs de fonds avec la réalité financière de notre entreprise pour qu’un financement soit porteur de succès. Au-delà de l’argent, il faut aussi que les visions sur les prochaines étapes soient assumées par toutes les parties concernées.

« Le côté relationnel, les rapports de force et le principe des visions communes s’appliquent aux organismes de prêts comme aux anges financiers ou aux banques. Un entrepreneur doit être attentif aux types de projets soutenus par les sources visées. Il faut reconnaître que tous les bailleurs de fonds ont leur zone de confort. S’associer à un organisme et travailler conjointement avec un directeur de compte ou un financier qui ne comprend pas bien les enjeux réels auxquels on fait face nous fait perdre plus de temps et d’énergie qu’autre chose. Il y a souvent une question cruciale de momentum en affaires. La recherche de financement est généralement planifiée à l’agenda de l’entrepreneur, autant que faire se peut, à l’aide d’indicateurs-clés. Mais parfois, les rondes de financement doivent être devancée, pour différentes raisons. Par exemple, une demande accrue du marché nécessitant une augmentation de la production, donc des investissements au niveau des infrastructures, pourrait entraîner un déplacement des efforts de financement à l’agenda. Si les investisseurs prennent ensuite trop de temps pour se décider, ou même se désister, l’entrepreneur peut rater le bateau comme on dit! Rien ne sert de s’acharner dans ces cas-là. Le temps aussi, c’est de l’argent, et il vaut parfois mieux faire cavalier seul que d’être mal accompagné! » avise Andry.

Prévisions pessimistes, réalistes, optimistes: permettent-elles vraiment de se faire une tête?

L’erreur est classique et les entrepreneurs en démarrage eux-mêmes vous le diront: ils sont souvent trop optimistes en ce qui a trait à leurs ventes et leurs prévisions budgétaires ne tiennent pas assez compte des erreurs potentielles, des retards de paiements des clients, des imprévus du marché, etc.

Andry en rajoute: « Les prévisions financières, c’est bien! Mais ces prévisions révèlent davantage sur le chiffre d’affaires alors que le nerf de la guerre pour durer en affaires, c’est le budget de caisse, autrement dit, le cashflow au fil des mois. Avec mon expérience jusqu’à présent, je dirais que c’est davantage là-dessus qu’il faut analyser les risques pour s’assurer de la pérennité de l’entreprise. »

Un petit monde que celui des bailleurs de fonds!

Les sources d’aide sont nombreuses et les formes de financement se diversifient. Depuis quelques années, la popularité du « financement participatif » ou crowdfunding connaît un essor incontestable. Cependant, ce type de financement n’est certes pas adapté pour toutes les industries. L’image de la marque, son offre aux consommateurs, la présentation du dossier sur les sites destinés à cet effet (les Kickstarter, et tutti quanti), et l’aspect viral de la proposition de l’entrepreneur influencent grandement le succès de ces levées de fonds grand public. Pour Andry, le financement participatif ne s’est pas avéré de grand secours. Elle se concentre maintenant sur les sources plus conventionnelles.

De façon générale, les rondes de financement se chevauchent et les états financiers doivent refléter ces dernières. L’importance du montage financier est parfois cruciale pour convaincre les différents investisseurs. Si les lettres d’appui « inter-financement » sont rares, il peut y avoir des financements conditionnels à l’obtention de d’autres.

« C’est un bien petit monde! C’est donc d’autant plus important de tabler sur notre notoriété, les relations publiques, notre image dans les réseaux sociaux, la mise de l’avant de notre projet dans notre communauté. C’est certain que cela influence positivement les éventuels bailleurs de fonds. En ce qui concerne Marclan, j’ai vu une différence depuis que j’y consacre davantage d’énergies en ce sens», confie Andry.


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À ne pas manquer mardi prochain:

Mon entrevue avec Frédéric René, CEO chez Liki, une jeune startup en ecommerce de Montréal: j’aborderai avec lui la question du calendrier des rondes de financement en période de croissance et des défis de gestion y étant rattachés.

Donc, c’est un rendez-vous!

Karina Brousseau, éditrice

Love money: ça dépend d’où et quand!

Le love money peut faire toute la différence en période de démarrage pour les entrepreneurs qui en profitent… ou non. Le rapport à l’argent qu’entretiennent les entrepreneurs, leur culture et leurs valeurs, le montant d’argent en jeu et la « souplesse financière des prêteurs » sont autant d’éléments qui influent sur la considération du love money comme source de financement pour une jeune pme. Les articles des deux dernières semaines allaient d’ailleurs en ce sens (voir Love money: non merci? et Love money: question de moyens et d’attentes!)

Question d’entourage et de valeurs familiales

Isabelle Moïse vient d’une famille où la culture entrepreneuriale est bien implantée. En commençant par son grand-père maternel qui a fondé une pme de services d’électriciens dès sa jeune vingtaine. Cette entreprise, qui a embauché, au plus fort des activités d’affaires, près de 75 employés, fut en activité durant près 40 ans. Oncles, tantes, père, mère ont tantôt soit repris la business du grand-père maternel, ou bien ont été consultants à leur compte, ou encore leaders d’opinion publique. Autant de modèles inspirants et toujours bien présents dans sa vie.

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Lorsqu’elle est partie à son compte il y a un an, Isabelle n’a pas eu besoin d’aide financière d’aucune façon. Les contrats ont rapidement été au rendez-vous, nombreux, grâce à son background et son réseau. Elle n’a pas eu besoin de se doter d’équipement particulier puisqu’elle détenait déjà ses outils de travail. Finalement, elle pouvait compter sur ses économies, si besoin était, comme coussin de sécurité.

Il faut dire aussi qu’en comparaison aux deux autres entrepreneurs suivis dans ce blogue (voir Andry Lant Rakoto (commerce au détail de produits fins d’origine malgache)), et Frédéric René (solution de commerce électronique)), ses frais fixes inhérents à ses activités professionnelles comme consultante en communications, marketing et événementiel sont extrêmement bas. Elle n’a pas d’inventaire à gérer, n’a pas eu à débourser des sommes faramineuses en recherche et développement de produits et n’a pas d’employés pour l’instant.

Cela dit, si, dans le cadre du financement d’un projet particulier ou pour l’expansion de son entreprise, elle avait besoin d’y avoir recours, elle n’hésiterait pas, en théorie, à envisager l’option du love money. Elle sait que cette démarche ne serait pas mal vue dans la famille et qu’elle trouverait fort possiblement des prêteurs, dans la mesure des moyens respectifs de ses proches.

Elle nuance illico: «Le love money comme prêt, par contre! Pas comme don. » Ainsi, elle signerait une reconnaissance de dette et se ferait un devoir d’honorer les délais de remboursement prévus.

Ça dépend quand!

Si l’idée d’emprunter du love money était pour elle tout à fait acceptable au démarrage ou dans la mise sur pied d’un nouveau projet, elle n’envisagerait absolument pas cette dernière tactique comme bouée de secours, en période de difficultés financières dans son entreprise.

« Je me sentirais mal d’exposer d’entrée de jeu mes proches à de gros risques (si mes difficultés étaient dues à l’économie ou aux aléas du marché, à titre d’exemple). Pire encore, de solliciter des sommes suite à des erreurs de gestion, de planification de ma part. » confie-t-elle.

Pour envisager le love money, il faudrait que le cadre d’investissement soit positif au départ, que le montant prêté par ce proche soit appelé à fructifier et que ce soit un contexte porteur d’avenir pour les deux parties. » précise-t-elle.

« Time money »

Au delà de l’argent sonnant par ailleurs, Isabelle reconnaît la quantité d’innombrables conseils d’affaires dont elle jouit de la part de ses proches, et qui ont une valeur inestimable pour elle. Plusieurs des membres de sa famille oeuvrent dans des secteurs connexes au sien. Comptables, experts en relations publiques, spécialistes marketing et tutti quanti sont autant d’expertises directement à la portée d’Isabelle grâce à la grande générosité en temps de ces derniers. Pratique, c’est le moins qu’on puisse dire. Et tout aussi valable qu’un chèque, sinon plus, à ses yeux!

Sondage-éclair: Votez vous aussi, si ce n’est déjà fait! C’est fascinant de voir comment l’opinion générale varie au gré des articles publiés dans notre dossier spécial de décembre sur le love moneyLes résultats seront dévoilés dans les prochains jours.

Quoi de neuf?

Tel qu’annoncé le mois dernier, Isabelle achève présentement la mise en place son site web et l’alignement de la promotion de ce dernier.

La période des Fêtes représente aussi une période intense de réseautage, où les activités corporatives et les partys de Noël se multiplient. Elle est donc très sollicitée, mais elle y prend toujours beaucoup de plaisir et apprécie renouer le contact avec tous et chacun.

L’heure en est également au bilan de la dernière année. La question des impôts est une préoccupation. Aura-t-elle droit aux déductions fiscales prévues, aura-t-elle tout bien calculé ou envisagé?

Nous reviendrons d’ailleurs dans ce blogue sur cette question budgétaire préoccupante pour tous les entrepreneurs.

À ne pas manquer la semaine prochaine:

Une mentor et passionnée d’entrepreneuriat, Mme Solange Côté, se joint à l’équipe de commentateurs du blogue Le feu sacré.

Elle nous partagera son expérience en matière de love money et commentera les propos des dernières semaines.

Donc, à la semaine prochaine!

Karina Brousseau, éditrice du blogue

Love money: question de moyens et d’attentes!

Cette semaine, j’ai abordé la question du love money avec Frédéric René, co-fondateur de Likisoft

Andry Lant Rakoto (Les produits fins Marclan) nous confiait la semaine dernière qu’elle a écarté jusqu’à présent l’option du love money pour des raisons culturelles, entre autres. Je me demandais si Frédéric était davantage en faveur du love money. Je m’interrogeais aussi à savoir si son frère partenaire et lui avaient « doublement » eu recours à de l’aide familiale, si le fait d’en être à sa deuxième entreprise avait eu un impact dans l’équation love + money et je me questionnais sur l’évolution de sa vision de l’argent, en général. Voici donc le compte-rendu.

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Love money, en tant que prêteur

Quand j’aborde de front la délicate question avec Frédéric, ce n’est pas comme bénéficiaire de love money qu’il se positionne spontanément, mais bien comme prêteur!

Avant Likisoft, et avant Les enchères bidou inc. (sa précédente compagnie fondée en 2010), son frère et partenaire Jean-François faisait cavalier seul dans sa première startup: Planète Zoom. La compagnie visait le développement d’un réseau social (clubloisirs.com), avant l’avènement de Facebook. « Durant cette période, j’avais un emploi « stable », des sous de côté et j’ai eu envie d’aider mon frère en lui prêtant plus ou moins 15 000$.  » raconte-t-il.

« À cause de son sérieux, son intelligence, sa lecture du marché et plus que tout, sa détermination, il ne faisait aucun doute pour moi que la somme allait être utilisée à bon escient, que la période de « vaches maigres » était circonstancielle, et que mon frère allait me rembourser, tôt ou tard », poursuit-il. « Il a une drive hors du commun, je suis très impressionné, encore aujourd’hui, par son côté visionnaire. Il a toujours eu toute ma confiance! » dit-il, visiblement très fier de son frère!

The rest is history, comme on dit!

Lorsque l’opportunité de monter Les enchères bidou inc. est survenue par la suite, Jean-François a décidé de se concentrer désormais à ce nouveau projet, et c’est à ce moment que Frédéric a plongé en affaires avec lui. Maintenant que bidou.ca a été vendu à profit, que son frère et lui sont plus partenaires que jamais et que l’aventure se poursuit avec bonheur au sein de Likisoft, le remboursement de cette « vieille dette » revêt une moins grande importance. « C’est finalement comme si je m’étais prêté à moi-même, sans le savoir au départ! » ironise-t-il.

Love money: question de provenance!

La provenance du love money et les capacités financières du prêteur ont aussi grandement à voir avec le fait de solliciter ou d’accepter le financement d’un proche. Frédéric et son frère Jean-François ont été confrontés à cette notion lorsque leur petit frère, Guillaume, a voulu jadis contribué lui aussi au financement de Likisoft.

« Après réflexion, on a refusé son implication! Même si Guillaume souhaitait s’impliquer financièrement, notre côté protecteur en tant que grands frères a pris le dessus. On avait confiance en nous et en ce qu’on était en train de monter, mais les indices de croissance étaient peut-être moins flagrants à l’époque. Malgré le fait que Guillaume avait de l’argent, on savait qu’il n’était pas « à l’aise » au point de pouvoir se permettre de perdre cet argent, le cas échéant. On a voulu minimiser les risques, et privilégier la relation avant tout. » explique Frédéric.

Il enchaîne: « Après tout, c’est connu, les questions d’argent ont, de tout temps, créé de la chicane dans les meilleures familles. Et j’pense qu’aujourd’hui, maintenant que la situation de Liki est stabilisée, l’option du love money ne s’appliquerait plus. Idem pour les parents: ils nous ont déjà tellement supportés en payant nos études, entre autres… J’pense que pour faciliter l’emprunt du love money et minimiser les impacts potentiels sur les relations entre les parties,  faut que les prêteurs soient en mesure d’assumer pleinement les risques rattachés en termes de délais de remboursement, entre autres. »

Notre rapport à l’argent, ça évolue !!

Comme beaucoup de Québécois, Frédéric René est issu de la classe moyenne et vient d’une famille tissée serrée où tout le monde a travaillé dur pour arriver où il est. De par son éducation et ses valeurs, il a toujours adopté un mode de vie simple. Très économe, il a constamment soupesé l’importance de chacun de ses achats et il a sécurisé ses avoirs au maximum. Il a investi dans l’immobilier, dans des REER… En d’autres mots, il a toujours été très prudent financièrement.

À l’occasion de la vente de leur précédente entreprise, Les enchères bidou inc., son frère et lui auraient très bien pu se mettre davantage d’argent de côté, renflouer leurs réserves, ou du moins en partie! Mais non: chaque dollar récolté par la vente fut réinvesti dans Liki. Et c’est à partir de ce moment que son rapport à l’argent a changé. Qu’il a commencé à considérer l’argent d’une manière beaucoup plus détachée, moins émotive.

« L’argent, c’est devenu à mes yeux comme le charbon de la locomotive! Un simple outil pour se rendre où Liki est supposé se rendre! » confie-t-il. « Liki présente tellement de potentiel, que les « risques » en valent la peine. »

Et les risques sont partagés avec son frère Jean-François. Le fait d’être deux change aussi la dynamique et aide à mettre les choses en perspective…

Sondage love money

Et vous, qu’en pensez-vous? On continue de prendre vos votes sur le sondage-éclair en cours depuis le 2 décembre. C’est intéressant de voir comment l’opinion des lecteurs se module au gré des articles … Votez vous aussi !

La semaine prochaine: 

Isabelle Moïse, de iMoïse Conseils, nous sensibilise à sa vision du love money.

Donc, à la semaine prochaine!

Karina Brousseau, éditrice du blogue