La dictature du bonheur en affaires

L’importance de l’apport du mentorat, du coaching et des conseillers en affaires semble faire l’unanimité: tous s’entendent pour dire que l’obtention d’aide extérieure est essentielle dans le parcours entrepreneurial. Les chances de survie et la longévité d’un entrepreneur dans l’arène des affaires seraient multipliées grâce à la consultation d’un expert impartial. Encore faut-il bien identifier nos objectifs pour aller chercher le bon « input » et savoir distinguer les types d’intervenants appropriés pour nos démarches (mentor, coach, consultant & conseiller).
Comme
 nouvelle thématique du blogue Le feu sacré et pour faire le pont avec notre dossier spécial du mois de mai qui portait sur les émotions en démarrage d’entreprise, j’aborde en juin la question du mentorat d’affaires et du coaching de vie personnelle et professionnelle.  

Cette semaine, je vous présente mon entrevue avec Marie-Claude Élie-Morin, qu’on a pu voir dans les médias en avril 2015 à l’occasion de la sortie de son premier essai, La dictature du bonheur, paru aux Éditions VLB.


Marie-Claude Élie-Morin

Crédits photo: Mathieu Rivard

Tantôt journaliste-pigiste, scénariste documentaire, auteure ou chroniqueuse, Marie-Claude Élie-Morin comprend très bien les aléas émotionnels que vivent les entrepreneurs, étant elle-même à son compte depuis ses débuts médiatiques.

Ayant vécu des moments très difficiles suite aux deuils simultanés de son père et de sa relation amoureuse à la fin 2012, elle a été confrontée à ses limites et est allée chercher de l’aide extérieure pour y voir plus clair dans sa vie. Avec tous ces bouleversements, elle souhaitait mieux cerner ses priorités et les valeurs sur lesquelles elle allait désormais se concentrer pour redonner un sens à son parcours personnel et professionnel.

« Toutes les ressources ne sont pas toujours en nous » et il est parfois utile d’aller chercher une aide ou une écoute extérieure. Il existe toutefois une immense pression sociale, constate-t-elle, pour « performer » et afficher un bonheur épanoui. Les réseaux sociaux amplifient ce phénomène, car nous avons l’impression qu’il faut toujours se présenter sous son meilleur jour : pas beaucoup de place pour l’imperfection ! Il faut faire attention à ce « piège du bonheur », nous dit Marie-Claude. 

Elle en témoigne dans son ouvrage: « L’industrie des coachs de vie, du développement personnel et du self-help est plus florissante que jamais. Le bonheur est devenu un impératif, au même titre que la minceur et le succès professionnel. Santé physique, équilibre mental, vie de couple, finances : on met constamment en avant la nécessité d’avoir toujours une attitude volontaire et « positive », parfois au mépris de la réalité. En se faisant constamment répéter que nous sommes les seuls artisans de notre bonheur, il en découle que nous nous sentons aussi coupables de ne pas être « assez » heureux ou de vivre des émotions difficiles. C’est pernicieux et culpabilisant. »

La croissance personnelle, en popularité… croissante!

Tout le monde sait que les aléas en démarrage d’entreprise sont nombreux. Des émotions de joie et de fierté intenses peuvent s’enchaîner avec des déceptions immenses. Le stress et les peurs inconscientes que vivent les entrepreneurs peuvent avoir des répercussions sur leur santé mentale et physique, sur le succès de leur business et toucher leur famille en entier. Quand vient le temps de se relever d’un échec, plusieurs entrepreneurs se remettent en question, commencent à douter d’eux-mêmes. Or, la confiance en soi est un moteur essentiel tout au long du parcours entrepreneurial. Celle-ci est souvent mise à l’épreuve; l’instabilité de l’économie, des marchés, de l’emploi et les défis de gestion ne sont pas étrangers à ces hauts et ces bas émotionnels.

Pas étonnant que le marché de la croissance personnelle soit si lucratif! Selon The Observer (28 décembre 2013), et tel que relaté dans La dictature du bonheur, les ventes d’ouvrages de self-help auraient bondi de 96%, entre 1991 et 1996. Les ventes mondiales de 2014 dépassaient 10 milliards $ en librairie dans la catégorie « croissance personnelle ».

« Aux États-Unis, selon la firme américaine Marketdata, le marché du développement personnel, incluant les livres, DVD et CD de motivation, les ateliers, le coaching personnel, la formation dans des instituts spécialisés et les programmes de gestion du stress représentait près de 10 milliards $ en 2011, ayant presque doublé depuis 2000. Dans ce contexte, la Loi de l’attraction, ou l’idée selon laquelle nous pouvons créer notre propre réalité et attirer le succès par nos pensées, s’est frayée un chemin entre les murs des cubicules de l’Amérique du Nord. Les entreprises elles-mêmes contribuent au phénomène en achetant des lots de livres de motivation pour leurs équipes et en embauchant des conférenciers pour venir transmettre l’évangile à leurs employés », rappelle Marie-Claude.

Gare aux charlatans!

Les ateliers de croissance personnelle, les conférences de développement de soi et les coachs de vie peuvent permettre de briser l’isolement des entrepreneurs et peuvent contribuer à une conscientisation améliorée de leurs émotions. Sans dénigrer l’ensemble des intervenants proposant des services d’accompagnement dans le cheminement personnel et entrepreneurial, Marie-Claude Élie-Morin met cependant en garde les entrepreneurs contre les intrus de l’industrie du coaching de vie.

À cause de l’état parfois vulnérable des gens au moment où ils vont chercher un support extérieur, il lui apparaît pour le moins prudent de se renseigner en profondeur, en amont, sur les différentes approches préconisées par les motivateurs et les coachs sollicités telle que la programmation neuro-linguistique aussi appelée PNL, d’établir ses limites quand au pouvoir qu’on souhaitera laisser à ces derniers dans l’éventualité d’un coaching, et d’avoir des attentes réalistes sur les retombées de notre démarche.

« Il y a beaucoup de charlatans dans ce domaine, notamment une puissante tendance vers la « pensée positive » et « la loi de l’attraction », ce qui me donne de l’urticaire. Les coachs peuvent nous aider à clarifier nos objectifs en établissant un plan d’action réaliste avec nous, mais je me tiendrais loin de quiconque promet de transformer votre vie ou de vous rendre millionnaire avec une formule magique. Il ne suffit pas de visualiser le succès pour créer une entreprise ou mener un projet à bien; il faut identifier les obstacles qui se dressent devant nous de manière réaliste et se préparer à y faire face. C’est normal d’éprouver des moments d’insécurité, de doute et de découragement lorsqu’on développe un projet. J’en sais quelque chose! Un bon coach ou un bon mentor saura entendre nos fragilités et nous faire voir nos forces sans tenir un discours « positif à tout prix ». Parfois, ce qui est le plus rassurant, c’est de découvrir que tout le monde passe par les même émotions désagréables ou difficiles quand ils essaient de se lancer en affaires…Pour moi, le fait d’apprendre que c’était possible de me mettre en action ou de prendre des décisions tout en me sentant vulnérable a été incroyablement bienfaisant », avise-t-elle.cover la dictature du bonheur

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À ne pas manquer la semaine prochaine:

Mon entrevue avec Andry Lant Rakoto, CEO des produits fins Marclan. Elle collabore depuis peu avec un mentor d’affaires qui l’aide à trier tous les aspects prioritaires de son développement de marché et lui apporte un support essentiel pour un meilleur « savoir-être » en affaires.

Donc, c’est un rendez-vous!

Karina Brousseau, éditrice

 

Dans l’ascenseur émotionnel d’une jeune entrepreneure

Mélanie Heyberger

Mélanie Heyberger

Lorsqu’on dit qu’on se lance en affaires, la réaction des gens est souvent admirative et suivie d’un « tu es tellement courageuse, moi je n’oserai pas! ». Quitter sa zone de confort n’est certes pas inné pour tout le monde et quand on fait le grand saut, il est important de réaliser à quel point il faudra s’accrocher. Il y a maintenant 8 mois, je me suis lancée et je suis devenue entrepreneure. J’ai démarré Le coffret de Rachel, qui a pour mission de remettre de la vie dans la garde-robe des femmes grâce à un accessoire indispensable : le collant! Je vous partage aujourd’hui mes impressions sur cet « ascenseur émotionnel » dans lequel je me suis embarquée avec mes deux précieuses associées.

Incertitude, impatience, excitation : Le pré-démarrage

Lorsque l’idée est née, les émotions les plus difficiles à canaliser étaient l’impatience et l’excitation. Je voulais absolument que ça aille vite sans être totalement consciente à quel point il faut du temps et à quel point l’étape de la validation de marché est cruciale! En effet, si personne ne voulait de notre produit, c’était du temps, de l’énergie et de l’argent gaspillés!

Durant cette période, il m’est aussi souvent arrivé d’être gênée ou insécure. Ça m’arrivait surtout lorsque je savais que j’allais être confrontée au jugement d’experts, à leurs critiques. Tant que la validation de marché n’était pas complétée, je vivais constamment ce sentiment d’incertitude et je manquais de confiance en mon idée.

Le lancement

Juste avant le Jour J du lancement de notre entreprise, je me suis familiarisée avec les insomnies. N’étant pas stressée de nature, cette anxiété, cette fébrilité nouvelle m’a fait réaliser à quel point j’avais ce projet à cœur et combien je voulais qu’il fonctionne. C’était un stress positif, stimulant et motivant. Le tout était de savoir le gérer!

Mon conseil à tous les nouveaux entrepreneurs lorsqu’ils dévoilent leur nouveau concept sur le marché: ne pas se laisser emporter par l’effet du « buzz médiatique ». Même s’il est très encourageant, il faut savoir vite redescendre sur terre et… livrer ses promesses!

En ce qui nous concerne, notre lancement a connu un très beau succès, mais la plus grosse partie du travail reste à venir. Il faut maintenant mettre les bouchés doubles et être à la hauteur des attentes. Le tout sans oublier de faire des pauses de temps en temps, accessoirement!

Et depuis?

…beaucoup d’interrogations! On observe ce qui va et ce qui ne va pas, on parle au monde et on s’adapte. J’ai appris qu’être flexible et ouverte sont des qualités indispensables pendant le développement des affaires. Même si on n’en a pas toujours envie, c’est important d’écouter les critiques et de les voir comme constructives. Il faut garder en tête que c’est en faisant des erreurs qu’on apprend et qu’on s’améliore!

Depuis les débuts officiels, mes partenaires et moi nous sommes ajustées et avons « pivoté » plusieurs fois. On a pris, entre autres, l’importante décision de changer notre site web et d’adapter notre offre. C’est vraiment satisfaisant de recevoir désormais des commentaires positifs et de se rendre compte du chemin qu’on a parcouru en si peu de temps.

Il nous est souvent arrivé de rentrer le soir, découragées, avec le sentiment de pas avoir avancé. On s’est demandé chaque fois comment le temps avait fait pour passer aussi vite! On a encore parfois du mal à quantifier l’impact de notre travail au jour le jour, parce que les résultats ne se voient pas toujours immédiatement.

Je suis en train de comprendre qu’il est important de valoriser nos progrès. Chaque accomplissement, qu’il soit petit ou plus important, mérite d’être mis de l’avant. Quoi de plus motivant pour nous pousser à faire encore mieux?

Les commentaires pertinents, les encouragements et les félicitations provenant de l’extérieur de l’entreprise ont toujours des impacts très positifs sur notre état d’esprit. On a parfois (souvent) besoin d’être rassuré. Les bons mots nous permettent d’acquérir plus de confiance et d’aller plus loin.

Aujourd’hui, je suis encore plus stimulée et excitée par mon entreprise qu’au premier jour. Il m’arrive encore de me réveiller en pleine nuit (j’ai d’ailleurs opté pour le cahier et le stylo à côté du lit pour ne pas perdre mes bonnes idées!). J’apprends petit à petit à gérer mes émotions, à ne pas m’emballer trop rapidement, à ne pas être trop impatiente ou à m’éparpiller.

L’importance de mon équipe

J’ai la chance d’avoir deux associées extraordinaires avec qui je peux tout partager. Elles ont pris une place très importante dans mon épanouissement professionnel et personnel.

Nos trois caractères et nos façons de réagir très complémentaires font clairement notre force. À titre d’exemple, le côté plus terre à terre de l’une va me permettre de me recadrer, me tempérer. Puis, le caractère plus émotif de l’autre va rendre l’aventure encore plus humaine et me motiver chaque jour. Mais, au delà des traits de caractères, les émotions vécues par chacune au quotidien déteignent très rapidement sur celles des autres. Elles ont des répercussions sur notre façon de travailler ensembles et sur notre plaisir à faire équipe. Nous apprenons chaque jour à conjuguer nos élans émotionnels respectifs et à s’en servir comme levier.  C’est sans aucun doute un des apprentissages les plus indispensables pour un entrepreneur!


Vous pourriez aussi aimer:

Un démarrage haut en émotions: mon entrevue avec Andry Lant Rakoto, généreuse et transparente. Elle se confie sur les hauts et les bas vécus lors du lancement de son entreprise Marclan, les émotions qui l’ont le plus étonnée, l’importance du discours intérieur qu’elle entretient et son « cercle affectif ».

Le corps, ce partenaire d’affaires capricieux: Mon entrevue avec Frédéric René, co-fondateur de LikiSoft, avec qui j’aborde la question du contrôle du stress et des émotions en démarrage d’entreprise. Il nous sensibilisera, entre autres, à la notion de somatisation.

Des émotions qui propulsent les affaires: Isabelle Moïse, consultante en marketing événementiel, est en quelque sorte son propre produit. Seule à la barre, il est d’autant plus crucial pour elle de se connecter en tout temps avec ses émotions et d’être outillée à faire face à toute éventualité, notamment lors des échecs. Un témoignage fort utile pour tous les entrepreneurs, ces « marathoniens » sur la route des affaires!

À ne pas manquer ce jeudi:

Solange Côté, ASC une mentor d’expériences nous donne son point de vue sur les émotions à l’heure du démarrage d’entreprise.

Donc c’est un rendez-vous!

Karina Brousseau, éditrice du blogue Le feu sacré